Perspectives 2026 et implications pour les investissements

Par Chris Iggo, Directeur des investissements, Core Investments, AXA IM, et Daniel Morris, Responsable de la Stratégie de marché, BNP Paribas Asset Management

  • Tant la politique monétaire que l’économie mondiale devraient rester favorables aux marchés
  • En ce qui concerne les actions, nous privilégions les technologies de rupture aux États-Unis et sur les marchés émergents, ainsi que les opportunités découlant, en Europe, des initiatives stratégiques liées à la recherche d’autonomie du vieux continent 
  • Côté obligations, nous préférons des stratégies flexibles à rendements absolus 

Alors que l’économie mondiale a montré une résilience remarquable en 2025, l’impact réel des droits de douane américains – l’un des grands sujets de l’année – reste incertain. Le FMI a cependant relevé ses prévisions de croissance mondiale pour 2025 à 3,2 % (contre 3,0 % en juillet dernier), et maintenu son estimation pour 2026 à 3,1 %.1

Du point de vue des marchés, nous anticipons que les dépenses liées à l’intelligence artificielle (IA) continueront à soutenir le PIB américain et les valeurs technologiques. Les marchés obligataires devraient continuer à profiter de l’assouplissement de la politique monétaire en 2026. La résilience de l’économie mondiale et les politiques monétaires devraient compenser l’impact des doutes budgétaires tant que le scénario central est positif pour les marchés du crédit.

Scénario central

Malgré les risques, la croissance résiste, alimentée par l’IA

L’économie américaine reste résiliente. La croissance est soutenue par toute une série de facteurs : les dépenses liées à l’IA, l’effet de richesse lié aux marchés actions ainsi qu’un environnement de crédit sain, soutenu par des prévisions de baisse des taux. L’IA est le principal facteur potentiel de rupture grâce à ses promesses d’amélioration rapide de la productivité. Cette technologie pourrait bouleverser les modèles économiques traditionnels, optimiser les chaînes de valeur et générer des avancées majeures dans des domaines comme la médecine et l’agriculture. Pour y parvenir, d’importants investissements sont réalisés dans les infrastructures et dans la chaîne de valeur de l’IA : centres de données, capacités de cloud computing et sécurisation de l’approvisionnement énergétique. La hausse des cours des acteurs clés de la course à l’IA contribue à un effet de richesse qui soutient la consommation, l’investissement et le leadership économique des États-Unis, malgré les inquiétudes liées au commerce international et à d’autres politiques.

Idée d’implémentation : technologies de rupture aux États-Unis et dans les marchés émergents

Explication : Le boom de l’IA a le pouvoir de transformer les activités opérationnelles et l’emploi, tout en offrant de nouveaux produits et services d’intérêt et innovants, à l’échelle mondiale. À mesure que des applications plus performantes sont développées, nombreuses seront les opportunités d’investissement dans l’infrastructure et la chaîne de valeur de cette dernière ainsi que dans des applications en aval. Le potentiel inexploité de cette technologie devrait soutenir des dépenses d’investissement élevées et continues, de même que, potentiellement, des opportunités rentables.

L’Europe doit passer à l’action

L’Europe fait face à des défis commerciaux, géopolitiques et de compétitivité. La bonne nouvelle c’est que la région en a pris conscience – comme le souligne le rapport Draghi sur l’avenir de la compétitivité européenne publié en septembre 2024. Ces défis sont accentués par l’évolution des relations avec les États-Unis, la nécessité d’augmenter les dépenses militaires et le souhait d’investir davantage dans le secteur des technologies et dans la transition vers une économie verte. Quelques vents favorables apparaissent : la croissance a été résiliente ces derniers trimestres, la BCE devrait maintenir des taux bas, voire les réduire, et les projets budgétaires allemands ont une envergure telle qu’ils pourraient bénéficier par ricochet à toute la zone euro. Des difficultés budgétaires, un marché des capitaux encore fragmenté ainsi que les politiques nationales européennes pourraient freiner cette croissance mais 2026 devrait aussi voir l’UE faire des progrès dans l’élaboration de meilleures politiques économiques visant à faire face à d’éventuelles évolutions mondiales défavorables.

Idée d’implémentation : actions européennes

Explication : Les domaines stratégiques en rapport avec une autonomie économique offriront des opportunités d’investissement dans les actions européennes en 2026. Les dépenses militaires, en infrastructures numériques et en technologies vertes, sont une priorité dans toute l’Europe ; elles bénéficieront d’initiatives nationales et européennes pendant de longues années. Ces investissements auront des effets multiplicateurs sur de nombreux autres secteurs, et avec des valorisations européennes inférieures à celles des États-Unis ou du Japon, les opportunités au niveau des actions européennes nous semblent évidentes.

Marchés obligataires : zoom sur le crédit  

Les performances obligataires ont été solides en 2025, et les niveaux actuels des rendements suggèrent la poursuite de cette tendance favorable, tout du moins en l’absence de choc sur les taux ou sur le marché du crédit. Notre scénario central prévoit une baisse supplémentaire des taux directeurs en 2026, soutenant les marchés obligataires dans leur ensemble. Cependant, certains risques pourraient générer quelques épisodes de volatilité : les niveaux élevés d’endettement public pourraient avoir un impact sur les marchés des obligations gouvernementales ; l’inflation américaine pourrait rester élevée ; enfin, d’aucuns craignent que l’étroitesse des spreads de crédit (différences de rendement avec l’obligation gouvernementale de référence) puisse limiter les rendements excédentaires  des obligations investment grade (crédit de qualité) et high yield (haut rendement). La convergence des taux américains et de ceux de la zone euro pourrait aussi avoir des implications sur le marché des changes.

Idée d’implémentation : investissement obligataire flexible

Explication : Une certaine volatilité pourrait apparaître sur les marchés du crédit si les bénéfices des entreprises ralentissent ou si la qualité du crédit inquiète. Pour les stratégies obligataires actives, il y aura probablement de nombreuses opportunités pour tirer parti de cette volatilité, dans un contexte de performance de marché positive pour les obligations.

Récapitulatif des Opinions sur les Classes d’Actifs

Les opinions exprimées reflètent les attentes concernant les rendements et les risques des classes d’actifs. Les feux tricolores indiquent le rendement attendu sur une période de trois à six mois par rapport aux tendances observées à long terme.

Investissement durable : Les investisseurs maintiennent leur cap  

Par Jane Wadia, Responsable de la durabilité, Produits et clients Core, AXA IM, et Jane Ambachtsheer, Responsable Global Sustainability, BNP Paribas Asset Management

Les portefeuilles ESG (critères environnementaux, sociaux et de gouvernance) ont traversé une période mouvementée, avec des sorties nettes de capitaux en début d’année 2025. Le deuxième trimestre, en revanche, a profité d’un solide rebond : 4,9 milliards de dollars d’entrées nettes au niveau mondial, portées par les investisseurs européens qui ont ajouté 8,6 milliards de dollars après des rachats de 7,3 milliards de dollars au trimestre précédent. Malgré de nouvelles sorties de capitaux au troisième trimestre, les actifs des fonds responsables ont progressé de près de 4 % pour s’établir à 3 700 milliards de dollars au total, grâce à la hausse des marchés actions.2

Les investisseurs européens demeurent résolument engagés en faveur de la durabilité, le changement climatique restant leur priorité absolue.

Selon une étude récente, 58 % des gestionnaires d’actifs britanniques et européens envisagent d’augmenter leurs allocations à impact dans l’année à venir. Aucun ne prévoit de les réduire.3

En Asie-Pacifique, plusieurs thèmes prioritaires liés à la durabilité progressent de manière continue. D’ailleurs, 2025 pourrait bien être une année record pour la région dans l’émission de dette durable. En outre, 80 % des détenteurs d’actifs dans la région tablent sur une croissance des actifs sous gestion dans des fonds durables au cours des deux prochaines années.4

À nos yeux, trois stratégies d’investissement liées au climat sont sorties du lot en 2025 et devraient continuer à retenir notre attention en 2026.  

  1. Obligations vertes
    Les obligations vertes financent des projets liés notamment aux énergies renouvelables, aux bâtiments verts et aux transports bas carbone. Elles présentent un profil de risque similaire à celui des obligations conventionnelles, en se distinguant toutefois par une plus grande transparence et par un reporting sur l’impact environnemental des projets financés. En dix ans, le marché est passé de 30 milliards à 1 900 milliards d’euros. Il s’est internationalisé, couvrant de nombreux secteurs et profils d’émetteurs. Malgré une légère baisse possible des émissions en 2025 par rapport au montant record enregistré en 2024 (près de 420 milliards d’euros), l’innovation se poursuit, avec notamment un intérêt grandissant pour les obligations vertes européennes. Avec un encours de 3 000 milliards d’euros et ayant pour pierre angulaire les obligations vertes, le marché GSS (Green, Social and Sustainability) rivalise désormais avec le secteur des obligations investment grade libellées en euro.[1] La situation du marché n’est guère surprenante, dans la mesure où les obligations vertes sont à présent bien ancrées sur les marchés obligataires et qu’elles génèrent – en tout cas, depuis quelque temps – un rendement habituellement comparable à celui des obligations traditionnelles.
  2. Décarbonation
    Les détenteurs d’actifs passent des engagements à l’action : ils adoptent des cadres tels que le Net Zero Investment Framework (cadre d’investissement axé sur la neutralité carbone) et le Groupe de travail sur l’information financière relative aux changements climatiques (GIFCC, ou TCFD en anglais). Les stratégies de décarbonation visent à tirer parti des opportunités liées à la transition vers une économie à faibles émissions de carbone et à réduire l’exposition aux émissions carbone ; elles gagnent du terrain aussi bien sur les marchés actions qu’obligataires. Les ETF climatiques, de même que ceux alignés sur les Accords de Paris, suscitent également un intérêt croissant.
  3. Solutions climatiques et environnementales
    Les investisseurs se tournent vers des solutions répondant aux enjeux du climat et de la biodiversité : énergie propre, agriculture durable, infrastructures résilientes, gestion de l’eau, etc. L’objectif est d’investir dans des entreprises financièrement solides, et aux résultats environnementaux mesurables (par exemple, émissions de carbone évitées) ou capables de contribuer à la restauration des écosystèmes. Le changement climatique et la perte de biodiversité sont des problèmes systémiques qui requièrent des solutions à la mesure de leur ampleur. Au-delà de la gestion des risques physiques induits par le changement climatique, ces stratégies environnementales créent de nouvelles opportunités d’investissement sur des marchés encore peu exploités. 

Perspectives pour les prochaines années  

Malgré des changements de cap politique aux États-Unis, l’Europe continue de s’imposer dans le domaine de l’investissement responsable, offrant un important vivier d’opportunités aux profils risque/rendement attractifs – et les gouvernements, entreprises et investisseurs européens maintiennent le cap. Pour les investisseurs européens, la durabilité n’est pas un phénomène de mode, c’est un impératif stratégique ! Par ailleurs, avec la montée en puissance de l’Asie dans la transition énergétique, l’Europe et l’Asie apparaissent aujourd’hui comme les deux régions motrices de ce mouvement.

[1] Toutes les données relatives aux obligations vertes / VSD, source : Bloomberg au 6 octobre 2025

[2] IMF – Global Economic Outlook Shows Modest Change Amid Policy Shifts and Complex Forces  

[3] Source: Morningstar  Global Sustainable Fund Flows: Q2 2025 in Review / Global Sustainable Fund Flows: Q3 2025 in Review | Morningstar  

[4] Pensions for Purpose / Nearly all (93%) of UK and European institutional investors “concerned” about sustainability under a Trump presidency – press release | Pensions For Purpose

[5] Morgan Stanley, July 2025.

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