La bioscience au chevet de la biodiversité

L’industrialisation a souvent compté sur des solutions chimiques pour régler des problèmes d’ordre biologique. C’est particulièrement vrai de trois des plus grandes industries au monde : notre capacité à cultiver et protéger la nourriture, le besoin de défendre notre bétail contre des maladies et la nécessité de protéger la santé humaine.   

Ces solutions chimiques ont souvent aggravé les défis environnementaux et de biodiversité, surtout dans la chaîne d’approvisionnement alimentaire. Toutefois, des évolutions innovantes en bioscience sont destinées à transformer ces industries tout en respectant l’environnement.   

Étant gérants de portefeuille dans le secteur de l’environnement, nos entretiens réguliers avec des dirigeants d’entreprises nous permettent de nous tenir au fait des dernières tendances, innovations et opportunités de croissance dans le domaine environnemental. Partager les réflexions qui ressortent de ces entretiens, telle est l’ambition de notre « Uncapped Impact Serties ».   

Dans ce dernier numéro, nous explorons le monde de la bioscience avec le Docteur Andrey Zarur, le CEO et co-fondateur de GreenLight Biosciences, pour mieux comprendre comment la biologie peut être mise à profit pour traiter certains des plus grands défis de l’humanité.

Des solutions biologiques pour s’attaquer à des problèmes biologiques

Un point de départ crucial était de remettre en question le recours très fréquent aux produits pétrochimiques pour traiter des procédés biologiques. La dépendance à ces produits semble contre-intuitive lorsque la biologie peut offrir des solutions durables, propres et efficaces. Andrey explique : « Nous avons lancé GreenLight Biosciences pour créer une plateforme où nous pourrions concevoir des solutions biologiques pour traiter de nombreux problèmes biologiques que nous rencontrons en tant qu’espèce, dont par exemple la culture de nourriture, le combat contre les maladies, la préservation de l’environnement et la promotion de la biodiversité. »

Le chemin a été long et ardu. Andrey nous précise que pour utiliser la biologie pour produire un insecticide, par exemple, il est essentiel de bien comprendre ce qui est nécessaire au niveau moléculaire et au niveau génétique. Ces connaissances doivent ensuite être développées de façon abordable.   

Le défi de l’ARN

L’acide ribonucléique, ou plus connu sous le nom d’ARN, est la clé de l’approche de la société. L’ARN fonctionne comme un traducteur ou un messager qui interprète le code génétique de chaque organisme vivant sur terre et lui indique ce qu’il doit faire et comment se comporter. Andrey explique : « C’est en fait un chef d’orchestre qui dicte à la vie comment se former, prospérer et grandir. Et ainsi, la capacité à utiliser l’ARN dans un processus biologique nous donne un contrôle précis sur cette forme particulière de vie. »

La science sait depuis des décennies que l’ARN peut être utilisé pour créer des solutions biologiques efficaces, comme le contrôle des nuisibles, mais le défi était de rendre ses solutions bon marché et largement accessibles. Selon Andrey, lorsque GreenLight Biosciences a débuté, l’ARN coûtait des milliers de dollars par gramme, car il était créé chimiquement. À ce coût, les solutions à ARN pour l’agriculture ne pouvaient pas être viables.   

Andrey et son équipe se sont saisis de ce défi et après huit ans de recherche scientifique pointue, ils ont trouvé un moyen de produire de l’ARN à grande échelle. Les découvertes qui ont rendu leur travail possible ont changé la donne. Il déclare : « D’un seul coup, vous disposez d’un produit qui est aussi efficace qu’un produit chimique, aussi bon marché qu’un produit chimique et qui peut être produit à la même échelle qu’un produit chimique. »

Réduire les pertes alimentaires

La production alimentaire a été le premier défi d’Andrey et de son équipe et aucun défi ne pouvait être plus à propos. Environ 1,2 milliard de tonnes de nourriture sont perdues à la production, ce qui contribue à 2,2 milliards de tonnes d’émissions de gaz à effet de serre, mais la demande de nourriture est en hausse en raison de la croissance de la population mondiale alors que la guerre en Ukraine a déclenché des enjeux de sécurité alimentaire et alimenté l’inflation des prix de récoltes essentielles comme le blé.

Une façon simple d’affronter ce défi est de réduire les pertes alimentaires. 40 % de la production alimentaire est gaspillée par an en raison de nuisibles, de champignons, d’agents pathogènes, etc. Une meilleure protection des sources alimentaires, qui aurait des effets secondaires environnementaux non désirés moindres que les solutions chimiques actuelles, aurait un impact profond sur la biodiversité, le changement climatique et l’approvisionnement alimentaire.     

Andrey détaille comment une nouvelle génération de méthodes de lutte phytosanitaire basées sur l’ARN, non seulement soutiendra la sécurité alimentaire, mais le fera de façon durable, propre et favorable à l’environnement. Il déclare : « Non seulement nous empêchons les nuisibles de manger la nourriture, mais nous travaillons à préserver la biodiversité pour que les terres puissent rester productives pour les générations à venir. »

Précision de l’ARN

L’avantage de l’ARN par rapport à la chimie est qu’il peut être extrêmement spécifique et être conçu pour arrêter les processus fondamentaux des nuisibles eux-mêmes, tout en étant inoffensifs pour tous les autres insectes et la biodiversité qui vivent dans le même environnement, comme les insectes pollinisateurs, si importants. Andrey explique : « L’ARN intervient au niveau moléculaire et nous pouvons adapter les signaux pour être remarquablement précis et ne stopper que le nuisible que nous voulons stopper et rien d’autre. »

Un autre avantage est la résistance. Alors que la planète se réchauffe, de nombreux champignons deviennent plus résistants aux fongicides chimiques. Toutefois, les solutions à ARN apporteront un nouvel outil qui peut être dirigé à un nombre illimité de nouvelles cibles. Andrey précise : « Non seulement cette méthode est sûre et efficace, elle est aussi compatible avec tout ce que les agriculteurs font habituellement. Ils peuvent l’épandre avec leurs tracteurs comme tout autre produit chimique. Mais ce n’est pas un produit chimique, c’est un produit biologique. » 

Andrey croit qu’à terme tous les produits chimiques dans notre approvisionnement alimentaire pourraient être remplacés par des solutions biologiques (engrais, plants et stimulants, entre autres) toutes très spécifiques et durables.   

Santé humaine et au-delà

L’ARN ne sera pas révolutionnaire que pour la production alimentaire. Andrey pense que cette technologie sera utilisée dans presque toutes les grandes catégories d’activité humaine.   

L’ARN est surtout connu pour avoir été la technique utilisée pour créer rapidement des vaccins anti-Covid. Mais des vaccins contre d’autres maladies infectieuses ou non, comme le cancer, sont également en cours de développement. Des thérapeutiques à ARN, qui pourraient avoir un impact spectaculaire sur des maladies génétiques ou chroniques, sont également à l’étude. Andrey prévoit : « L’ARN sera une catégorie de traitement aussi important pour la santé humaine que les protéines thérapeutiques ou les thérapies géniques. Il sera une des grandes catégories de produits de santé humaine au cours de la prochaine décennie. »

Cette technologie non seulement fera avancer la santé humaine, mais peut également être généralement utilisée pour la santé animale, de la protection du bétail à la lutte contre les nuisibles domestiques, le potentiel est infini.   

Besoin de financement patient

Pour que les solutions de bioscience atteignent leur potentiel de traitement des nombreux problèmes urgents de la planète, des financements supplémentaires sont requis et la gestion d’actifs a un rôle important à jouer. Comme Andrey le précise : « Les solutions que nous essayons de mettre sur le marché sont nécessaires maintenant. »

Il convient que le financement requis pour sa société doit être patient et de long terme par nature, car les changements fondamentaux qui doivent être apportés à la façon dont nous cultivons et assurons la sécurité alimentaire mondiale ne se produiront pas d’un coup de baguette magique. Il ajoute :« Nous aimerions que ces changements se produisent en un trimestre. Mais la réalité est qu’il faut non seulement inventer une science totalement nouvelle, mais aussi que les comportements changent fondamentalement partout dans le monde. Et ceci prendra des années, voire des décennies. Nous avons donc besoin d’investisseurs qui sont totalement en phase avec une création de valeur à long terme que ces nouvelles solutions révolutionnaires peuvent apporter sur le marché. »

Andrey estime que le secteur de la gestion d’actifs et les marchés de capitaux peuvent jouer un rôle important dans la lutte contre le changement climatique, non seulement en apportant le capital d’exploitation nécessaire, mais aussi en donnant à d’autres investisseurs un vote de confiance décisif. Et s’il convient que la rentabilité est importante pour ces investisseurs, la capacité à démontrer un impact mesurable l’est tout autant. Comme de nombreux investisseurs de nos jours, il admet ne pas vouloir que son « argent aille sur un projet qui va performer au prochain trimestre, au détriment de l’avenir de [s]es enfants ».

Comme GreenLight Biosciences, nous travaillons vers un avenir où tout le monde mange à sa faim, a accès à la médecine et peut vivre dans un monde de paix et d’harmonie. C’est pourquoi nous cherchons toujours des sociétés qui ont un impact dans le soutien des écosystèmes via la création de solutions propres et durables aux problèmes de la planète. De telles sociétés ont le potentiel d’apporter de réels changements et de sauver des vies et en les épaulant, nous sommes fiers de participer activement à ce voyage.   

Les entreprises mentionnées dans le présent document le sont uniquement à titre d’illustration et ne constituent ni une sollicitation d’achat ni un conseil ou une recommandation d’investissement.

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