Qu’est-ce qui motive les investisseurs particuliers en matière d’investissement durable ? Les facteurs qui influencent leur prise de décision varient-ils d’un pays à l’autre ou à d’autres niveaux, tels que la culture financière ? Nous pensons que les réponses ont des implications significatives pour le développement de produits financiers durables et l’évaluation des actifs.
Cet article fait partie de notre série dédiée à la recherche académique actuelle sur des thèmes liés à l’investissement durable. Les études dont il est question ont été présentées lors de la dernière conférence annuelle de la Global Research Alliance for Sustainable Investment and Finance. Nous sommes partisans de l’investissement durable fondé sur la science. Un partenariat avec des chercheurs universitaires peut apporter une valeur ajoutée. En effet, des recherches approfondies peuvent nous aider à saisir l’ampleur du changement climatique et de la perte de biodiversité, à quantifier les risques et à élaborer des solutions adaptées. C’est pourquoi nous parrainons la conférence annuelle de la GRASFI et partageons les résultats scientifiques pertinents avec les investisseurs, les clients et l’ensemble du secteur de la gestion d’actifs sur nos sites Internet.
Bien que l’investissement durable ait pris de plus en plus d’importance ces dernières années, on ne sait toujours pas dans quelle mesure les préférences en matière d’investissement durable sont universelles ou varient de façon significative d’un pays à l’autre.
Les auteurs de « Pourquoi les investisseurs paient-ils des frais plus élevés pour les investissements durables ? Une expérience dans cinq pays européens »[1] ont récemment mené la première expérience en ligne à grande échelle pour savoir comment et pourquoi les investisseurs particuliers européens tiennent compte des aspects de durabilité dans leurs décisions d’investissement. L’étude permet également de savoir si les individus sont disposés à payer une prime pour les investissements liés au développement durable.
À la recherche de…
Les auteurs ont cherché à répondre à trois questions clés :
- Les préférences individuelles des investisseurs pour les investissements liés au développement durable dépendent-elles du fait que le produit d’investissement suit une vaste stratégie environnementale, sociale et de gouvernance (ESG) ou une stratégie plus étroite en matière de climat ?
- Dans quelle mesure les préférences individuelles pour les investissements liés au développement durable dépendent-elles
- des convictions financières
- de motifs de signalisation sociale
- de préférences sociales ?
- En quoi la pertinence des motivations des investisseurs pour les investissements liés au développement durable varie-t-elle d’un pays à l’autre ?
L’étude, menée en ligne, a concerné plus de 1 000 investisseurs particuliers en France, en Allemagne, aux Pays-Bas, en Pologne et en Espagne. Les « investisseurs individuels » étaient définis comme des décideurs financiers au sein de leur foyer, qui détenaient ou étaient suffisamment informés des produits d’investissement. Les pays ont été sélectionnés en raison de leurs différences de contexte économique, de participation au marché boursier et de comportement pro-social et environnemental.
Les participants ont été invités à répartir leurs investissements entre les fonds durables et les fonds négociés en bourse (ETF) MSCI World classiques. Deux ETF différents liés au développement durable ont été proposés, l’un répliquant un indice qui suit une stratégie de sélection large basée sur les critères ESG, l’autre suivant une stratégie ciblée liée au climat. Les ETF ont été choisis car ils sont des produits d’investissement simples qui bénéficient d’un degré élevé de familiarité.
…résultats
Une fois les données traitées, l’étude a révélé une série de résultats qui devraient s’avérer utiles pour les promoteurs et les propriétaires d’actifs financiers durables, ainsi que pour les responsables politiques impliqués dans l’effort de réduction des émissions de carbone. Les principales conclusions de cette étude sont les suivantes :
- Les préférences pour les investissements liés au développement durable sont plus fortes pour un fonds spécifique lié au changement climatique qu’un fonds ESG plus large.
- Les motivations financières sont importantes pour les investissements liés au développement durable. Plus intéressant encore, les préférences sociales jouent un rôle clé dans le comportement d’investissement individuel lié au développement durable.
- En outre, les préférences sociales jouent un rôle important dans l’explication des investissements liés au développement durable dans les cinq pays. La force de la relation varie quelque peu d’un pays à l’autre, avec la plus grande importance en Allemagne et aux Pays-Bas.
- Les préférences individuelles pour les investissements liés au développement durable varient en Europe. La sensibilité aux frais plus élevés sur les fonds liés au développement durable varie d’un pays à l’autre et est la plus élevée aux Pays-Bas et en Allemagne.
- La sensibilité aux frais est fortement influencée par la culture financière. Les personnes ayant des connaissances financières réduisent la part des investissements liés à la durabilité lorsque ces produits d’investissement deviennent plus coûteux.
Les conséquences sur les prix des actifs…
Les auteurs ont conclu que les investisseurs en Europe diffèrent considérablement dans leur sensibilité à l’augmentation des frais pour les investissements liés au développement durable, ce qui implique des niveaux différents de volonté de payer pour ces investissements.
La culture financière est un facteur clé de cette sensibilité aux frais. De manière uniforme dans tous les pays, les préférences d’investissement liées au développement durable sont légèrement plus fortes lorsque le fonds suit une stratégie d’investissement spécifique liée au climat plutôt qu’une stratégie ESG plus large.
Par ailleurs, les préférences sociales s’avèrent jouer un rôle important dans les pays considérés, même si ces derniers présentent des différences significatives en ce qui concerne de nombreux facteurs socio-économiques.
Les auteurs estiment que les résultats ont des répercussions importantes sur les prix des actifs et vont même à l’encontre des modèles de théorie financière qui suggèrent que les décisions des investisseurs reposent uniquement sur des considérations liées au facteur risque/rendement.
Ils font également référence à des considérations théoriques récentes qui supposent que les investisseurs ayant un goût plus prononcé pour l’ESG – mais aussi pour la capacité d’une valeur à couvrir le risque climatique – sont prêts à payer davantage pour des actifs qui ont un impact positif sur la société.
Étant donné que les goûts des investisseurs pourraient influencer les prix des actions, une plus grande disposition à payer pour des actions d’entreprises axées sur le développement durable se traduirait par des coûts de capital moins élevés pour ces entreprises.
L’étude confirme également que les investisseurs de différents pays européens investissent uniformément une part remarquable dans les fonds liés au climat, s’ils ont la possibilité de le faire.
…et pour le processus de politique
Nous pensons que ces conclusions sont importantes pour le processus politique actuel au niveau européen, où le financement des mesures nécessaires à la transition vers une économie à faibles émissions de carbone constitue un enjeu majeur.
Il serait intéressant que des recherches futures examinent les comportements d’investissement liés au développement durable dans d’autres pays européens et sur différents continents, car les investissements liés au développement durable sont de plus en plus importants dans le monde entier.
Après tout, le changement climatique est un défi mondial et il est primordial de comprendre ce qui motive les individus à contribuer au financement de solutions efficaces.
« Cette étude souligne l’importance croissante de la durabilité dans les décisions d’investissement des investisseurs particuliers européens. L’enquête abordée dans l’étude montre que les investisseurs particuliers européens ont tendance à préférer les investissements liés au développement durable aux fonds traditionnels et ont une légère préférence pour les fonds liés au climat plutôt que les fonds ESG plus généraux. Bien que la sensibilité aux frais varie sur l’ensemble du continent, les investisseurs particuliers sont prêts à payer une prime pour leurs préférences durables tout en notant que les motivations financières sont également importantes. Les gestionnaires d’actifs opérant en Europe devraient répondre à cette tendance en proposant des produits adaptés à de telles préférences, avec des choix adéquats liés au thème de la durabilité des investissements, tout en n’écartant pas l’importance des décisions financières lors de la sélection des investissements. »
Raul Leote de Carvalho, Deputy Head of Quant Research Group, BNPP AM
Références
1 Pourquoi les investisseurs paient-ils des frais plus élevés pour les investissements durables ? Une expérience dans cinq pays européens par Daniel Engler, Gunnar Gutsche, Paul Smeets :: SSRN
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