Dans ce podcast, Nathalie Benatia (Stratège de marché senior) reçoit Lazare Hounhouayenou, (Gérant Actions Principal, thématique « Europe Strategic Autonomy »), pour décrypter les enjeux de l’autonomie stratégique européenne et leurs implications pour les investisseurs. Dans un contexte de tensions géopolitiques accrues et de recomposition des équilibres économiques mondiaux, l’Union européenne renforce ses priorités en matière de défense, d’énergie, d’industries stratégiques et de technologies critiques.
Au cours de cette discussion, nos experts expliquent en quoi l’autonomie stratégique constitue à la fois un thème d’investissement porteur et une manière, pour les investisseurs, de donner du sens à leur épargne en accompagnant les transformations structurelles de l’Europe.
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Nathalie Benatia : Bonjour, je suis Nathalie Benatia de L’Investment Insights Center, pour ce podcast consacré à l’autonomie stratégique européenne. J’ai le plaisir de recevoir Lazare Hounhouayenou de l’équipe actions dédiées, gérant principal de notre stratégie Europe Strategic Autonomy. Bonjour Lazare.
Lazare Hounhouayenou : Bonjour Nathalie.
NB : Pour commencer, peux-tu nous donner une définition précise, simple et concise de l’autonomie stratégique ?
LH : Quand on parle d’autonomie stratégique, on fait référence à la capacité d’un état, ou d’un groupe d’états comme l’Union Européenne, à tout d’abord agir de manière souveraine sur la scène internationale. Et deuxièmement, à défendre les intérêts face aux grandes puissances mondiales dans les domaines considérés comme essentiels. Et dans un monde qui se polarise de plus en plus, regagnant en souveraineté, l’Europe doit se repositionner dans cette nouvelle donne géopolitique : et ça passe par une moindre dépendance vis-à-vis de ses partenaires, et ex-partenaires dans un certain nombre de secteurs clés.
Nous avons constaté que crise après crise, que ce soit le Covid, l’invasion de l’Ukraine, ou la guerre commerciale avec la mise en place de droits de douane, l’Europe a pris conscience qu’elle devait investir et renforcer ses piliers stratégiques.
Bien évidemment, on parle beaucoup de la défense, mais il faut également mentionner les piliers de la ressource énergétique, industrielle, technologique, sanitaire et même alimentaire. Et on voit à quel point tous ces piliers sont imbriqués et interconnectés, et on peut détecter une colonne vertébrale, qui est la technologie. Un avion rafale, c’est un concentré de très hautes technologies. Pour que notre réseau énergétique soit intelligent, il a besoin d’infrastructures technologiques. Et notre industrie, pour qu’elle soit résiliente, et bien évidemment, il faut qu’elle soit digitalisée.
NB : On comprend, à travers tes explications, que l’autonomie stratégique touche d’abord à plusieurs thèmes : très variés, très divers, mais surtout à des thèmes structurels. Finalement, ce sont ces thèmes qui intéressent les investisseurs.
Je vais te poser une deuxième question pour aller plus loin, précisément sur ces thèmes. Tu as évoqué les dépenses de défense et les investissements : on se souvient des annonces des gouvernements européens en mars 2025, en particulier le fameux bazooka budgétaire allemand.
En quoi ces programmes européens vont-ils soutenir les thèmes d’investissement liés à l’autonomie stratégique que tu viens de nous présenter ?
LH : Depuis 2022, l’union européenne et certains états européens ont mis en place plusieurs initiatives, dotées de montants significatifs, pour rendre l’Europe plus autonome dans les domaines jugés essentiels.
En retenant les principaux plans, nous avons recensé près de 1500 milliards d’euros d’investissements qui vont être déployés à l’horizon 2035. Il y a bien évidemment le plan de réarmement européen ; il y a le plan allemand dit « bazooka » que tu viens d’évoquer, qui intègre une composante infrastructure significative ; mais il y a également celui qui vise à l’indépendance énergétique, ou encore le plan soutenant des semi-conducteurs.
Donc, très naturellement, on voit que les acteurs européens industriels qui sont exposés à ces secteurs bénéficieront de cette tendance porteuse en termes d’investissement. Et c’est dans ce cadre-là que l’investisseur particulier ou institutionnel peut se positionner et investir dans une optique long terme sur des secteurs qui seront en croissance, tout en finançant l’effort européen d’autonomie stratégique.
NB : Ah oui, je retiens un chiffre, ça ne va pas t’étonner : 1 500 milliards d’euros d’investissements et un horizon 2035, ce qui fait qu’il y a une certaine visibilité sur ces thèmes d’investissement.
Et à propos de visibilité, est ce que dans tes rencontres avec les entreprises, tu constates d’ores et déjà des conséquences pratiques de ces décisions européenne ? Des avancées, ou peut-être malheureusement des blocages, des retards… ? Allons jusqu’à évoquer des rivalités entre pays, peut-être, qui justifient un certain scepticisme qui avait finalement suivi la réaction initiale aux annonces allemandes : beaucoup d’économistes, beaucoup de commentateurs ont dit « C’est encore un coup d’épée dans l’eau pour l’Europe ».
LH : On voit que l’Europe avance dans la bonne direction, même si la foulée n’est jamais assez rapide face à l’urgence de la situation. Elle évolue tout d’abord dans sa réflexion de gouvernance, et elle a conscience qu’elle n’est pas suffisamment agile dans ses prises de décision.
Très récemment, les ministres des finances allemands et français ont proposé de créer un nouveau format de coopération qui réunirait les six principales économies de l’union européenne. C’est un format qui vise à surmonter les lenteurs décisionnelles de l’union européenne à 27, et qui permettrait à un noyau de pays de progresser plus rapidement sur des priorités économiques et stratégiques.
Mais en parallèle de ces réflexions, il y a également eu des mesures très concrètes qui ont été prises par l’union européenne.
Par exemple, pour protéger sa sidérurgie, il y a eu la mise en place d’un plan d’action protectionniste sur l’acier qui se traduit par une hausse des droits de douane de 50 et une baisse des quotas d’importation. En matière de défense, nous assistons en ce moment à une accélération des dépenses des états membres de l’union européenne, qui vont atteindre, pour certains, l’objectif de l’OTAN de dépenser 3,5 % de leur PIB en défense, peut-être même avant l’objectif fixé à 2035. Et dans le domaine du spatial, qui est un domaine qui est crucial, l’Agence Spatiale Européenne a approuvé un budget d’un peu plus de 22 milliards d’euros pour la période 2026-2028. C’est une hausse assez conséquente de plus de 30 %, et l’objectif est de renforcer l’autonomie stratégique de l’Europe dans les technologies et émissions spatiales.
On voit très bien qu’à travers ses propositions et ses décisions, qui sont bien évidemment non exhaustives… On voit que l’Europe avance dans sa réflexion de gouvernance et mène des actions concrètes.
Ceci dit, il y a encore beaucoup de défis à surmonter, car les intérêts et les priorités divergent selon les pays, et c’est normal lorsqu’on discute à 27. Notamment la coordination sur les grands projets européens tels que l’avion du combat du futur, le SCAF, dont on parle beaucoup ; le char du futur également, qui est censé remplacer le Léopard 2 en Allemagne ; et le char Leclerc en France à l’horizon 2040… On voit que ces désaccords vont créer de la volatilité sur ces thèmes d’autonomie stratégique. Mais je pense qu’il faut prendre un peu de hauteur et regarder la trajectoire moyen-long terme, qui, me semble-t-il, avance quand même dans la bonne direction.
NB : Alors tout à l’heure, je citais un chiffre, je retenais un chiffre. Là, je vais retenir des mots que tu as prononcé, qui me paraissent très importants pour finalement illustrer ce qu’est cette autonomie stratégique européenne : L’urgence, l’accélération, la coordination, la coopération et finalement, peut-être une nouvelle page de l’histoire de la construction européenne qui est en train de s’écrire. Donc merci Lazare, par ces explications, de nous confirmer que ces plans européens, qui prévoient encore une fois des financements à long terme, sont des soutiens importants de cette reconquête de l’autonomie stratégique européenne.
Pour un investisseur, se positionner sur ce thème est aussi une façon de donner du sens à son épargne de long terme, et peut-être de participer à ses efforts européens : on ne parle plus d’efforts de guerre, mais la défense, on l’a vu, est une part importante des investissements, tout en s’inscrivant dans une reconquête beaucoup plus complète de l’autonomie stratégique.
Merci beaucoup, Lazare, pour ta participation aujourd’hui à ce podcast. Nous sommes arrivés au terme de cet épisode.
LH : Merci Nathalie.
NB : Si vous souhaitez plus d’informations, veuillez vous adresser à votre contact chez BNP Paribas Asset Management. Vous pouvez aussi consulter notre blog Viewpoint ou notre site bnpparibas-am.com.
Vous avez écouté un podcast de BNP Paribas Asset Management animé par Nathalie Benatia, avec, aujourd’hui, Lazare Hounhouayenou, qui est le gérant principal de notre stratégie Europe Strategic Autonomy.
Cette présentation comprend une discussion sur de récents événements de marché et ne constitue ni un conseil d’investissement, ni une offre de vente de produits ou de services par BNPP AM. Les opinions exprimées dans le présent enregistrement constituent le jugement de la société de gestion de portefeuille au moment indiqué et sont susceptibles d’être modifiées sans préavis.