Après une année 2023 extrêmement compliquée pour les actions du secteur des soins de santé, celles-ci enregistrent de meilleurs résultats depuis janvier. Le secteur reste cependant à la traîne, au sein d’un marché plus vaste dominé par l’élan de l’intelligence artificielle (IA). Nous pensons malgré tout que les facteurs stimulant l’innovation et ceux qui en bénéficieront dans le domaine de la santé surperformeront l’ensemble du marché à long terme.
Depuis un an et demi, la performance relative du secteur de la santé aux États-Unis s’appuie sur la confiance des investisseurs face aux perspectives économiques américaines, sur les chiffres de l’inflation et sur la trajectoire des taux d’intérêt à long terme (graphique 1).
Aujourd’hui, alors que l’inflation se rapproche enfin de l’objectif de la Fed et que la politique monétaire devient moins restrictive, l’influence des facteurs macroéconomiques devrait s’atténuer. Des facteurs spécifiques tels que les fondamentaux des entreprises et l’évolution du paysage politique jouent donc un rôle accru sur le cours des actions.
À notre avis, les perspectives s’éclaircissent pour la sélection de titres dans le secteur des soins de santé, surtout au regard de la dynamique d’innovation significative que nous y observons.

Données récentes sur les fondamentaux du secteur de la santé
En 2023, plusieurs vents contraires ont freiné les actions dans le secteur de la santé. Bon nombre de ces vents contraires se sont maintenant apaisés, même si certains persistent.
Les entreprises biotechnologiques à petite et moyenne capitalisation (biotechs SMID cap) ont éprouvé des difficultés pendant la plus grande partie de 2023, en raison de la hausse des taux d’intérêt à long terme et d’un accès limité au capital. Le rendement des bons du Trésor américain à 10 ans est désormais inférieur d’environ 125 points de base au pic de 2023. Cette baisse a favorisé la confiance et a permis aux actions de progresser, dans la foulée de succès cliniques et réglementaires.
Contrairement aux années précédentes, les entreprises du secteur de la santé connaissant de tels succès cliniques ou réglementaires ont pu lever des capitaux par le biais d’importantes augmentations de capital (ou public follow-on) ou de placements privés (graphique 2, lignes orange et jaune), même dans le cas où il n’y avait pas eu d’introduction en bourse (graphique 2, ligne bleue). Parallèlement, les opérations de fusion et acquisition ont ralenti par rapport à 2023. Cet engourdissement est probablement dû à des intégrations récentes par les entreprises biopharmaceutiques à grande capitalisation et à des efforts de restructuration des coûts avant l’expiration imminente des brevets (graphique 3). Compte tenu de l’imposante « falaise des brevets » qui se profile pour les grandes capitalisations biopharmaceutiques et d’un pipeline trop étroit, nous prévoyons un accroissement des activités de fusion et acquisition.
Nous parvenons à trouver des solutions afin de générer des rendements spécifiques parmi les biotechs SMID cap et maintenons notre surpondération de ces actions, en conservant une sous-pondération dans le secteur biopharmaceutique à grande capitalisation.


Un tournant vers les produits biologiques
À plus long terme, il semble évident que deux enjeux législatifs stimuleront encore la demande de bioproduction à long terme.
Premièrement, et à la faveur de l’IRA (Inflation Reduction Act) dont les dispositions sont propices aux biomédicaments et aux petites molécules, les entreprises réorientent de plus en plus leurs pipelines vers les médicaments biologiques.
Deuxièmement, les entreprises transfèrent les travaux de bioproduction et de recherche génétique supplémentaires à des sociétés établies en dehors de la Chine. Par conséquent, nous entrevoyons des opportunités d’investissement progressif dans la bioproduction au sein des économies développées.
Les répercussions négatives du succès des médicaments contre l’obésité et l’inquiétude des investisseurs quant aux effets potentiels de cette adoption sur le volume des actes médicaux ont atteint leur apogée au cours de l’été 2023, pour s’estomper ensuite vers la fin de l’année.
Depuis, les volumes des interventions sont restés élevés, ce qui a stimulé le rendement des prestataires de soins de santé, en entravant les actions des soins gérés. Cependant, les rendements des actions de technologies médicales ont été beaucoup plus mitigés, toute performance positive étant concentrée dans les mains de quelques gagnants séculaires.
Un sentiment négatif continue d’assombrir le groupe et plusieurs trimestres de performances solides seront probablement nécessaires pour convaincre les investisseurs baissiers de la durabilité de la croissance positive des volumes (graphique 4). Ce pessimisme a freiné les rendements du secteur dans son ensemble et a empêché un rebond des introductions en bourse des entreprises à petite capitalisation. Les tendances d’utilisation demeurant solides et l’activité de fusions et acquisitions montrant des signes de reprise, l’amélioration des performances du groupe semble n’être qu’une question de temps.

L’enthousiasme pour le marché des médicaments contre l’obésité peut-être à son apogée
Depuis un certain temps déjà, les médicaments contre l’obésité font fureur : devenus un phénomène sur les médias sociaux, ils sont en passe de s’inscrire comme la plus grande classe de médicaments de l’histoire.
Un flux continu de données cliniques valide les avantages médicaux de ces médicaments. Les investisseurs, nourris par la perception de barrières concurrentielles majeures à l’entrée, ont des prévisions exceptionnellement élevées pour cette classe de médicaments. Enfin, la valorisation boursière des deux grands fabricants de médicaments contre l’obésité est élevée.
Le fait que l’enthousiasme du marché puisse avoir atteint son paroxysme est pour nous source d’une préoccupation croissante. Face aux attentes du marché, nous voyons se dessiner plusieurs risques à long terme, notamment :
a) un taux d’abandon potentiellement élevé dû aux effets secondaires, les études montrant que les personnes arrêtant leur traitement reprennent la majeure partie du poids perdu ;
b) le prix élevé de ces médicaments ;
c) la possibilité pour les sociétés pharmaceutiques à grande capitalisation de mettre au point des agents médicamenteux concurrents susceptibles de faire baisser les prix ;
d) la concurrence apportée par les nouvelles classes de médicaments en cours de développement.
Bien que nous ayons investi dans les actions des principales sociétés anti-obésité, la prudence nous gagne : nous préférons rechercher des entreprises capables de bouleverser ce marché devenu un duopole.
L’innovation reste robuste dans le secteur de la santé
Nous soutenons depuis longtemps que le secteur de la santé compte parmi les plus innovants. À long terme, ce sens novateur conduira selon nous à des rendements supérieurs pour ce secteur par rapport à l’ensemble du marché.
Voici quelques-unes des tendances novatrices les plus marquantes dans lesquelles nous investissons ou que nous évaluons actuellement.
- La robotique de pointe pour la chirurgie mini-invasive : Ces systèmes offrent le potentiel d’améliorer les résultats grâce à une intelligence artificielle capable d’analyser les données issues de sa base installée d’instruments.
- L’ablation en champ pulsé de la fibrillation auriculaire (FA) : Les médecins signalent que la technologie semble offrir de meilleurs résultats cliniques et qu’elle est plus rapide. Ils s’attendent à ce que les procédures d’ablation de la FA se développent considérablement en présence de cette nouvelle technologie.
- Les objectifs de lutte contre l’obésité de nouvelle génération : Les médicaments anti-obésité actuels peuvent entraîner une perte musculaire. Il existe un besoin médical non satisfait pour des médicaments de nouvelle génération qui ne génèrent pas de perte musculaire et/ou qui augmentent la masse musculaire.
- La réinitialisation du système immunitaire pour soigner les maladies auto-immunes : De nombreuses maladies auto-immunes touchant les patients proviennent des lymphocytes B à mémoire de ces patients. Les immunologues explorent l’utilisation d’anticorps et de lymphocytes T modifiés pour attaquer ces cellules à mémoire afin de restaurer le système immunitaire à un état antérieur à la mémoire acquise et lacunaire.
Contexte politique
Nous considérons le paysage politique global comme inchangé à l’approche des élections présidentielles de novembre.
Notre stratégie d’investissement est principalement axée sur les domaines les plus innovants de la santé. Nous n’estimons pas que les variables politiques présentent un risque significatif pour le fonds.
Conjoncture et implications
En 2024, les actions du secteur des soins de santé se sont redressées en même temps que l’ensemble du marché. Cependant, hormis quelques grands gagnants séculaires, la valorisation relative du secteur n’a pas évolué. Bien que les actions des biotechs à petite et moyenne capitalisation aient considérablement augmenté au regard de leurs creux récents, elles se négocient toujours nettement en dessous de leur sommet atteint il y a plus de trois ans, et nous pensons nous trouver aux premiers stades ou aux stades intermédiaires d’une reprise.
Les valorisations des technologies médicales à petite et moyenne capitalisation sont encore plus faibles en raison des inquiétudes relatives à la durabilité d’une forte croissance des volumes. Dans l’ensemble, une configuration très convaincante se dessine à notre avis pour investir dans notre stratégie de soins de santé.