Les actifs réels ouvrent un grand potentiel aux investisseurs dans des domaines « verts » tels que les énergies renouvelables, la mobilité verte, l’économie circulaire, le stockage sur batterie, l’hydrogène et le captage du CO2. Karen Azoulay, responsable des actifs réels, aborde les caractéristiques et les tendances de cette classe d’actifs dynamique.
Les marchés privés, et en particulier les actifs réels, offrent un profil de risque et de rendement au potentiel intéressant. Dans l’absolu, leur rendement est devenu attractif, ce qui est d’autant plus vrai au regard des taux d’intérêt actuels. Par ailleurs, les actifs réels pouvant donner lieu à des flux de trésorerie stables et réguliers, ils peuvent donc fournir des revenus fiables aux investisseurs. Et justement, les stratégies offrant un rendement au comptant à long terme se prêtent souvent particulièrement bien aux investisseurs devant recevoir des paiements réguliers.
Cette classe d’actifs permet également une diversification ; elle peut apporter une protection contre l’inflation et une stabilité en temps de crise, du récent pic de l’inflation à la guerre en Ukraine, en passant par la crise énergétique. Les portefeuilles d’actifs réels ont démontré leur résilience, si l’on considère que les revenus des sociétés de portefeuille sont généralement liés à l’inflation, alors que les rendements sont en majorité décorrélés des classes d’actifs de crédit traditionnelles ou des cycles économiques.
À notre avis, cette résilience est également le produit de notre philosophie et de notre approche d’investissement. Notre existence au sein d’une plateforme d’actifs privés majeure signifie que nous bénéficions de spécialistes chargés de soutenir nos stratégies.
Étant donné la relative illiquidité de cette classe d’actifs, il est essentiel de faire preuve d’une forte capacité d’origination, c’est-à-dire de création de valeurs mobilières. En effet, notre équipe a l’avantage de réunir des membres issus d’horizons variés. Ces derniers forment un réseau, encore enrichi par l’accès privilégié à l’origination dont jouit BNP Paribas en tant que groupe.
Notre processus ESG (environnemental, social et de gouvernance) d’une grande exhaustivité compte également parmi nos caractéristiques notables : il est pleinement intégré à notre approche d’investissement grâce à notre centre interne de durabilité.
Les tendances des actifs réels
La tendance actuelle va à la transition énergétique et aux infrastructures numériques. Les énergies renouvelables sont désormais compétitives, et le recours à des tarifs subventionnés perd de sa nécessité. En conséquence, un nombre croissant d’acteurs se lancent dans le renouvelable. Nous analysons ces évolutions de près, à titre d’investisseurs.
Au-delà des énergies renouvelables, nous voyons émerger de nouvelles thématiques relatives à la transition énergétique, notamment l’hydrogène, le stockage sur batterie et le biogaz. Nous décelons également d’intéressantes opportunités en matière de mobilité verte, entre autres l’électrification ferroviaire à travers l’Europe et les plateformes de recharge des véhicules électriques.
Nous sommes actifs dans le segment de la transition énergétique depuis ses débuts. Cette expérience, associée à notre accès à l’ensemble du groupe BNP Paribas pour l’origination, nous place à notre avis en position de force. Lorsque nous décidons d’investir dans un nouveau secteur, nous pouvons immédiatement compter sur des experts du domaine capables de nous fournir des informations sur toute l’Europe, y compris des renseignements relatifs à des marchés locaux.
Nous nous intéressons également de près à l’infrastructure numérique. Les réseaux de fibre optique étant désormais relativement disponibles en Europe, nous assistons au refinancement de l’émission pour financer cette expansion. En outre, nous sommes actifs dans les centres de données et tours numériques écologiques et économes en énergie.
Les nombreuses fusions, acquisitions et opérations de refinancement vécues par le secteur ont fait baisser les volumes de transactions. Toutefois, l’industrie s’est montrée résiliente, puisque nous constatons toujours un nombre appréciable de transactions. En la matière, nous pensons être l’un des principaux acteurs, tant pour la dette senior que la dette junior.
Du public vers le privé
Les investissements d’infrastructure ont évolué depuis le financement d’importants actifs corporels bénéficiant d’un tarif réglementé ou d’un cadre contractuel fondé sur une entité publique, vers un domaine où la participation du secteur privé voit aujourd’hui s’élargir ses possibilités.
Les gouvernements ayant désormais moins d’argent à dépenser pour les infrastructures, des fonds privés peuvent en profiter. Les investisseurs institutionnels tels que les fonds de pension peuvent jouer un rôle clé à cet égard : en investissant dans des actifs durables, ils cochent non seulement la case de la durabilité dans leur liste d’exigences, mais ils profitent aussi du lien entre la durabilité et la performance à long terme.
L’état d’esprit des fonds de pension a changé. Désormais, ils comprennent ce lien et réalisent qu’investir de manière durable ne nuit pas aux rendements. Certains diront que les actifs sont plus difficiles à déployer dans un contexte de politiques et contraintes ESG solides, mais nous ne sommes pas du tout de cet avis.
Atténuation des risques
L’une des clés est de veiller à la diversification des secteurs ou des zones géographiques, sans chercher à diversifier les thématiques d’investissement ni à inclure un cadre réglementaire ou une conjoncture nationale spécifiques. Nous pensons que les portefeuilles doivent être diversifiés au niveau des juridictions et des marchés, lesquels doivent afficher des caractéristiques hétérogènes. En tant qu’investisseurs, nous voulons une flexibilité totale pour nos décisions d’investissement.
Lorsqu’il s’agit d’aborder un nouveau secteur, des compétences spécialisées sont réellement indispensables tant pour les analyses que pour les investissements. Investir dans l’hydrogène, le stockage sur batterie ou le biogaz et investir dans des infrastructures traditionnelles telles que les autoroutes, les aéroports ou les ports sont deux processus très différents. Des compétences de pointes sont essentielles, même dans les secteurs les plus simples comme les énergies renouvelables.
Nous estimons avoir les ressources internes pour analyser ces secteurs et considérons que notre existence au sein d’un groupe plus vaste qui se trouve à l’avant-garde dans ces domaines est un véritable facteur de différenciation.
Ceci est une version abrégée d’un entretien avec Karen Azoulay publié dans European Pensions.