Ces deux dernières années, le segment du haut rendement en euros (Euro High Yield – HY) a affiché de belles performances, assorties d’une volatilité relativement faible. Il a démontré sa résilience face aux secousses extérieures comme face à des événements de crédit spécifiques à son univers. À nos yeux, cela démontre que ce segment a, en quelques années, gagné en maturité et en qualité intrinsèque.
Après deux années de bonnes performances, à savoir 12,78 % en 2023 et 9,14 % en 2024*, le marché européen du haut rendement devrait poursuivre sur sa lancée en 2025 et continuer à attirer les investisseurs en quête de rendement. En effet, nous voyons se profiler une année supplémentaire de rendements attrayants dans une atmosphère optimiste.
Valorisations et rendements
En 2024, les écarts de taux (ou spreads) se sont nettement resserrés, avec une réduction d’environ 85 points de base. Si les valorisations pourraient donc paraître moins attrayantes, nous pensons toutefois que les niveaux actuels sont viables. D’autant plus que dans le passé, nous avons régulièrement observé de tels écarts s’installer dans la durée.

Aujourd’hui, le rendement (plutôt que les spreads) est le principal moteur des marchés du crédit. En raison de la remontée des taux d’intérêt, les rendements moyens atteignent désormais des seuils qui les rendent capables de s’adapter à toute volatilité des spreads et de protéger le portage. Le rendement actuel de l’indice*, qui s’élève à 5,70 %, reste selon nous intéressant, surtout si les taux d’intérêt européens se montrent fidèles aux attentes en conservant leur tendance baissière.
Par ailleurs, la volatilité favorise le marché du haut rendement. En tant qu’instruments à plus faible sensibilité, les obligations à haut rendement en euros présentent une volatilité modérée, et c’est encore plus vrai quand on les compare aux actions, voire aux titres de crédit investment grade. Il en découle un ratio de Sharpe intéressant pour ce segment. Considérant les maigres possibilités de voir un resserrement supplémentaire significatif des spreads en 2025, nous nous attendons à ce que le portage fasse la performance.
Plutôt qu’à moitié vide, notre verre est à moitié plein au regard des obligations Euro High Yield en 2025. Nous avons profité de la hausse des rendements obligataires début janvier pour augmenter le risque dans les obligations AT1 , les obligations hybrides, les crédits BB à moyen terme et certaines émissions spécifiques notées B de notre univers. Notre analyse crédit a également révélé de solides profils de risque/rendement dans les secteurs de la santé, des technologies et de la consommation non cyclique.
Suite à ce repositionnement, nous appliquons désormais une stratégie à rendement plus élevé, avec un rendement courant légèrement supérieur à 6 %. À titre de comparaison, l’indice de référence n’atteint que 5,03 %.
Notre stratégie Euro High Yield relève d’une forte conviction et s’accompagne d’une exposition principale à l’immobilier. En 2025, ce secteur devrait poursuivre sa normalisation à mesure que s’accélèreront les cessions d’actifs, lesquelles contribueront à atténuer les risques bilanciels. Notre surpondération dans l’immobilier avait été amorcée l’année dernière, alors que les valorisations obligataires du secteur étaient au plus bas et que les fondamentaux commençaient à se remettre de la crise. Cette position s’est avérée un puissant facteur de différenciation, les obligations high yield du secteur* ayant enregistré un rendement de 36,8 % en 2024, contre 8,9% pour l’indice*.

D’encourageantes perspectives sur fond de morosité ambiante
Nous avons récemment réduit notre sous-pondération des secteurs cycliques. À notre avis, le pessimisme actuellement de mise quant à l’économie européenne et à ses perspectives a atteint son paroxysme. Certains investisseurs qui semblent s’être détournés de la région pourraient maintenant pâtir de cette sous-exposition, alors que les actifs financiers américains suscitent une euphorie générale. Il en résulte un virage majeur au niveau du sentiment, avec une marge de surperformance provenant des actifs européens délaissés.
La croissance européenne, bien que ténue, semble se stabiliser. En 2025, certains événements pourraient dissiper les nuages qui se sont amoncelés sur le continent et en améliorer les perspectives. Citons pour exemple une possible fin de la guerre en Ukraine.
La Commission européenne vient de dévoiler la boussole de l’UE pour la compétitivité. Ce cadre traduit les recommandations du rapport Draghi en feuille de route devant guider la politique de la Commission pour les prochaines années. Il s’accompagne d’initiatives spécifiques qui seront publiées par la suite et pourrait constituer une étape prometteuse pour résoudre les problèmes structurels profondément enracinés dans l’UE. Outre d’encourageantes mesures de simplification, la présidente de la Commission européenne Ursula van der Leyen a évoqué un soutien au secteur automobile et aux industries à forte intensité énergétique.
En Allemagne, les élections fédérales du 23 février entraîneront probablement la formation d’une nouvelle coalition dirigée par la CDU/CSU, un parti de centre-droit favorable aux entreprises. Dans un pays exposé à une troisième année consécutive de contraction économique, ce nouveau gouvernement aura intérêt à mettre tout en œuvre pour stimuler la croissance.
Des fondamentaux solides pour les entreprises émettrices sur le segment Euro HY
L’inertie actuelle de la croissance économique européenne continue à brider les investissements des entreprises et les fusions et acquisitions (M&A). Dans l’univers du haut rendement, les entreprises privilégient la réduction de leur dette et ont accès à un marché primaire très sain. L’assise technique qui était celle du haut rendement libellé en euros en 2024 restera d’après nous d’actualité en 2025, à savoir les entrées dans les fonds communs de placement et la demande de garanties pour des obligations structurées adossées à des prêts (CLO).
Partout dans la zone euro, l’inflation affiche une trajectoire baissière. Les conditions de prêt devraient s’améliorer, la Banque centrale européenne s’apprêtant à réduire son taux de dépôt (au moins jusqu’à 2 % d’ici l’été).
Notre analyse montre que les caractéristiques fondamentales des entreprises Euro High Yield sont relativement solides. Leurs résultats pour la région continuent d’illustrer la résilience des modèles d’affaires. Les marges bénéficiaires sont stables, les coûts bien maîtrisés et la génération de trésorerie soutenue.
Nous voyons peu de candidats à la restructuration. Les taux de défaut ont baissé ; nous prévoyons qu’ils resteront contenus à environ 3 %, voire moins. Dans l’ensemble, les émetteurs de titres à haut rendement maintiennent des ratios financiers solides et résilients. Nous pouvons présumer que 2025 nous réservera d’autres améliorations.
* Source : Toutes les données se rapportent à l’indice Barclays Bloomberg Pan-European High Yield aux dates pertinentes.