L’or a brillé sur les marchés financiers en 2024 malgré une légère correction après la victoire sans appel du Parti républicain aux élections américaines du 5 novembre. Au-delà des facteurs de soutien bien connus et évoqués dans nos précédents articles, les comportements de certains investisseurs ont évolué ces derniers mois. Investir sur l’or est-il encore pertinent après un tel envol ? Est-ce le moment de diversifier son exposition aux métaux précieux ? Quel est le potentiel de hausse en 2025 ?
L’or en 2024
En 2024, l’or a été soutenu par plusieurs facteurs majeurs. Tout d’abord, les pressions inflationnistes ont poussé les investisseurs à utiliser l’or comme couverture contre le risque de dévaluation des devises (ex : la Turquie et la livre turque). Deuxièmement, les tensions géopolitiques en Ukraine et au Moyen-Orient ont renforcé le rôle de l’or en tant qu’actif refuge. Troisièmement, les banques centrales, notamment celles des pays émergents, ont maintenu leur rythme d’achat d’or initié en février 2022 afin de diversifier leurs réserves. Si la Chine a ralenti ses achats au 2e trimestre, l’Inde les a accélérés pour devenir le troisième acheteur principal de janvier à septembre 2024. Plus surprenant, c’est la Banque centrale de Pologne (National Bank of Poland – NBP) qui arrive à la première place depuis le début de l’année avec 61 tonnes achetées. Avec 420 tonnes de réserve d’or, la Pologne a doublé ses réserves en 3 ans et détient dorénavant plus d’or que le Portugal, le Royaume-Unis ou l’Espagne. Le gouverneur de la NBP, Adam Glapinski, a pour objectif d’atteindre le seuil de 20 % de réserve en or (contre 16 % en septembre 2024).
Ces flux acheteurs semblaient avoir disparu après l’élection de Donald Trump le 5 novembre dernier. En effet, la perspective d’une politique économique favorisant une croissance accrue combinée à une hausse de l’inflation et un dollar fort ont rendu l’or moins attractif puisqu’avec une hausse des taux réels, le coût d’opportunité à détenir un actif sans rendement augmente.

Et l’argent ?
L’argent a aussi progressé cette année mais dans une proportion étonnamment similaire à celle de l’or. Historiquement, les variations du cours de l’argent sont beaucoup plus spectaculaires : la variation observée sur l’or est, en moyenne, doublée par le cours de l’argent (cf. tableau) avec des différences notables selon les périodes et les contextes (économiques, géopolitiques, …).

Ce résultat s’explique par les spécificités de l’argent. Pour commencer, le marché est plus étroit et moins liquide que celui de l’or. Le rôle dual de l’argent, qui est à la fois un métal précieux et un métal industriel, explique une volatilité supérieure des cours. En 2011 par exemple, l’argent a bondi de 416 % au plus haut contre 163% pour l’or.
Cette progression plus rapide et marquée a précédé une forte correction liée notamment au ralentissement de la demande industrielle. Plus récemment, le marché de l’argent est passé d’un excédent structurel à long terme à un déficit. En 2023, le déficit a atteint 184 millions d’onces. La raison tient essentiellement à la croissance régulière des besoins industriels liés à la fabrication de panneaux photovoltaïques, de véhicules électriques ou des réseaux 5G.
Par ailleurs, l’argent est principalement extrait en tant que sous-produit de l’extraction de l’or, du cuivre ou du zinc. La production de ceux-ci n’ayant que peu ou pas progressé, la quantité d’argent mise en circulation (hors recyclage) n’a donc pas augmenté.
En outre, plusieurs catalyseurs pourraient accélérer le rattrapage de l’argent sur l’or. L’Inde, par exemple, est en passe de doubler ses importations d’argent par rapport à 2023. Ce métal joue un rôle essentiel dans la production d’énergie solaire et revêt donc un enjeu stratégique majeur pour la sécurité énergétique nationale. Le sentiment général optimiste sur les métaux précieux commence aussi à susciter l’intérêt d’une vague d’investisseurs spéculatifs attirés par un prix par once plus accessible que l’or et par un actif ne pouvant être déprécié par les autorités monétaires.
Associer or et argent, c’est possible
Les facteurs ayant soutenu l’or en 2023 et 2024 sont toujours présents et semblent même se renforcer au vu des investissements de certaines banques centrales. L’or devrait donc continuer à progresser et l’argent apparaît aujourd’hui comme une opportunité de diversification avec un fort potentiel de rattrapage des cours. Si l’or a atteint de nouveaux sommets en 2024, l’argent reste toujours en retrait de 40 % par rapport à son pic de 2011. Investir sur l’argent en 2025 suppose d’être prêt à supporter une volatilité plus élevée mais le potentiel d’appréciation est au moins deux fois supérieur à celui de l’or. A suivre en 2025.