Une certaine fébrilité sur les marchés

La progression des actions mondiales en avril est ressortie à 4,2 % (indice MSCI AC World en dollars), les grands indices établissant de nouveaux records tout en connaissant une évolution parfois hésitante.

Les éléments positifs se sont affirmés : accélération et succès des campagnes de vaccination, confirmation de la reprise de l’activité aux Etats-Unis sur fond de soutien budgétaire, résultats des entreprises au-dessus des attentes.

Les sujets de préoccupation n’ont malheureusement pas totalement disparu (flambée impressionnante de l’épidémie en Inde, contraction de l’activité au 1er trimestre dans la zone euro, part encore modeste de la population vaccinée en Europe continentale, pressions haussières sur l’inflation) mais sont restés à l’arrière-plan. Ils expliquent toutefois la sous-performance des actions émergentes avec une hausse de 2,4 % seulement de l’indice MSCI Emerging en dollars en avril et de +4,4 % depuis le début de l’année (contre +8,6 % pour les actions mondiales).

Les marchés obligataires en ordre dispersé : détente des taux longs américains…

Après avoir connu une dégradation pratiquement ininterrompue au 1er trimestre, les obligations gouvernementales américaines se sont reprises en avril. Le rendement du T-note à 10 ans s’est détendu de 11 pb entre fin mars (près de 1,75 %) et fin avril (1,63 %) alors que les indicateurs économiques ont confirmé l’accélération de l’activité.

La croissance du PIB au 1er trimestre est ressortie à 6,4 % (rythme annualisé) selon la première estimation. L’accélération par rapport au rythme du 4e trimestre 2020 résulte d’une progression de +10,7 % de la consommation privée (+23,6 % pour les biens ; +4,6 % pour les services). Le niveau du PIB se situe désormais 0,9 % sous le niveau prépandémique (4e trimestre 2019) et devrait rapidement passer au-dessus.

Les indicateurs économiques (enquêtes et données objectives) se sont révélés très solides en avril. Par ailleurs, plusieurs éléments ont mis en évidence des tensions en amont des processus de production susceptibles de provoquer une accélération de l’inflation. Ces facteurs sont de nature à peser sur les marchés obligataires.

Dans le même temps, certains investisseurs à très long terme (assureurs, fonds de pensions) ont pu profiter des tensions sur les taux au 1er trimestre pour se repositionner sur la partie longue de la courbe, et des achats par des investisseurs non-résidents sont aussi possibles. Alors que les observateurs ne semblent pas entièrement convaincus par les propos accommodants de la Fed, l’hypothèse d’une pause, après la rapide tension des taux longs enregistrée les semaines précédentes, paraît la plus satisfaisante, ce qui signifie aussi que cette évolution est peut-être fragile.

…tensions sur les taux européens

Après avoir évolué autour de -0,30 % jusqu’à la mi-avril, le rendement du Bund allemand à 10 ans s’est tendu pour terminer à -0,20 % (+9 pb par rapport à fin mars). La veille, il était remonté à -0,19 %, au plus haut depuis le 19 mars 2020.

La sous-performance des marchés obligataires de la zone euro par rapport au marché américain a été enregistrée alors que le différentiel de croissance en faveur des Etats-Unis est devenu encore plus évident ces dernières semaines avec le recul de 0,6 % du PIB de la zone euro au 1er trimestre. Les bonnes surprises réservées par les enquêtes d’activité en avril et l’accélération des campagnes de vaccination ont peut-être convaincu les investisseurs de se positionner plus nettement en vue du scénario de reprise cyclique des économies européennes.

L’annonce par plusieurs gouvernements d’une révision à la hausse de leurs déficits budgétaires pour 2021, qui laisse envisager des émissions plus importantes ou à plus longue échéance au second semestre, a pu contribuer aux tensions sur les taux longs.

Les doutes qui persistent sur la mise en œuvre rapide du plan de relance Next Generation EU (malgré le feu vert donné par la Cour constitutionnelle allemande) ont entretenu la nervosité des investisseurs, qui s’est traduite par des mouvements souvent erratiques des obligations gouvernementales au cours d’une même journée.

Les déclarations de certains membres du Conseil des Gouverneurs ayant adopté une position un peu moins accommodante que celle défendue par Christine Lagarde, et laissant entendre que le rythme des achats de titres pourrait être revu à la baisse face aux signes d’amélioration de la conjoncture et aux perspectives de réouverture des économies, ont vraisemblablement joué un rôle.

Horizon dégagé à moyen terme

La reprise mondiale s’affirme. Du point de vue sanitaire, malgré une flambée dramatique de l’épidémie en Inde en avril, les progrès des campagnes de vaccination rassurent les investisseurs et les agents économiques et devraient permettre la réouverture des économies avant l’été.

Les signes d’accélération de l’inflation se confirment mais, dans les économies développées, ce phénomène devrait être transitoire et n’inquiète donc pas les grandes banques centrales.

Face à ce contexte en rapide évolution, les évolutions des marchés financiers sont devenues un peu plus difficiles à cerner ces dernières semaines.

Les investisseurs anticipent une croissance solide mais craignent la remontée des taux longs susceptible de peser sur les actions alors que les valorisations paraissent tendues. Dans la mesure où la reprise cyclique devrait s’affirmer au second semestre, les perspectives bénéficiaires des entreprises devraient continuer à s’améliorer et justifier les niveaux atteints par les indices boursiers. L’environnement reste favorable pour les actions à moyen terme.

A plus court terme, certaines configurations techniques, de sentiment et de positionnement signalent une possible correction. Les interrogations des investisseurs sur la nature exacte du durcissement de fiscalité prévu aux Etats-Unis, le retard que pourrait prendre le plan Next Generation EU, le dérapage des anticipations inflationnistes, ou des tensions brutales sur les taux longs sont autant de catalyseurs potentiels d’une baisse.

Tout repli des actions doit être considéré comme une opportunité d’achat alors que la tendance de moyen terme reste haussière du fait des politiques monétaires toujours accommodantes, du soutien budgétaire mis en place par les gouvernements et de fondamentaux solides.


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