Le mouvement de panique qui a saisi les marchés financiers à la mi-février, alors que les grands indices s’étaient repris en début de mois, (pour établir, pour certains d’entre eux, de nouveaux points hauts en clôture le 12), s’est accentué en mars lorsqu’il est apparu que l’épidémie était devenue une pandémie.
- Une crise économique et sanitaire exceptionnelle : la récession devrait être plus sévère qu’en 2008-2009
- Des mesures monétaires et budgétaires exceptionnelles pour éviter une crise de liquidités, soutenir la distribution de crédit et atténuer autant que possible les effets de l’effondrement de l’activité
- Même s’il est difficile de bâtir un scénario, il faut garder espoir
De mauvaises nouvelles, de mauvais souvenirs
Si le nombre de cas s’est stabilisé puis a commencé à diminuer en Chine, l’épidémie s’est rapidement déplacée d’est en ouest, touchant durement l’Europe (notamment l’Italie tragiquement frappée) puis les Etats-Unis et n’épargnant plus aucun continent. Pour l’anecdote, on retiendra que c’est le 11 mars que l’Organisation mondiale de la santé a qualifié l’épidémie de Covid-19 de pandémie.
Entre le 12 février et le 12 mars, les actions mondiales (indices MCI AC World en dollars) ont perdu 26 %. La violence de cette baisse, qui contenait en germe une crise de liquidité sur l’ensemble des marchés financiers, a conduit les pouvoirs publics à annoncer des mesures d’urgence.
Graphique 1 : Tous les actifs risqués ont été touchés
(Performances totales en mars 2020 en % ; devises locales ; données au 31 mars 2020)

Les banques centrales se sont retrouvées en première ligne, multipliant les mesures exceptionnelles et annonçant des achats massifs de titres publics et privés. A partir du 16 mars, les programmes qui avaient été imaginés lors de la Grande crise financière de 2008 ont été réactivés avec des champs d’application élargis et de nouveaux instruments ont été imaginés. Dans la foulée, les gouvernements ont annoncé des plans de soutien budgétaire aux entreprises et aux consommateurs, allant jusqu’à la distribution d’argent aux ménages, pour limiter les conséquences sur l’activité du confinement des populations dans de nombreux pays.
Malgré l’ampleur des mesures déployées, il n’y a pas véritablement eu d’effet « Whatever it takes » (soit « quoi qu’il en coûte ») pour reprendre la formule prononcée par Mario Draghi en juillet 2012 au cœur de la crise des dettes souveraines qui avait été décisive pour restaurer la confiance des investisseurs dans la zone euro. Cette fois-ci, la remontée des grands indices est demeurée hésitante mais s’est un peu affirmée à partir du 24 lorsque les annonces budgétaires ont pris le relais des communications des banques centrales.
Les actions mondiales, qui perdaient 25 % par rapport à fin février au 23 mars (plus bas depuis la mi-2016), affichent une baisse mensuelle de 13,7 %. Les actions émergentes (indice MSCI Emerging en dollars) ont perdu 15,6 %, les indices –en particulier en Amérique latine- étant pénalisés par d’importantes sorties de capitaux.
Dans leur évaluation des marchés financiers, les investisseurs doivent prendre la mesure de la nouvelle situation : la récession de l’économie mondiale suscite des réactions inédites de politique économique face à un risque sanitaire extrême.
Au fil des séances, les nouvelles sur le front de l’épidémie, qui malheureusement sont restées mauvaises, ont provoqué des baisses malgré la « protection » monétaire et budgétaire assurée par les pouvoirs publics qui a toutefois permis de soulager certaines situations de stress des marchés. Par exemple, la volatilité implicite, qui avait retrouvé les niveaux de la Grande crise financière à plus de 80, a reflué en fin de mois tout en restant élevée (55 pour l’indice VIX contre 14 début 2020).
Dans ce contexte, la baisse des actions en mars a été généralisée. Au sein des marchés développés, le Nikkei 225 a perdu 10,5 %, le S&P 500 12,5 % et l’Eurostoxx 50 16,3 % avec des disparités selon les pays, l’Italie et l’Espagne, dramatiquement touchées par l’épidémie, baissant de plus de 20 %.
Graphique 2 : Forte baisse des cours du pétrole
(cours du baril de WTI en dollars depuis le 3 juin 2016 ; données au 31 mars 2020)

Du point de vue sectoriel, le recul vertigineux des cours du pétrole (-54,2 % pour le baril de WTI tombé à 20 dollars) sur fond de baisse de la demande mondiale et de mésentente entre les pays producteurs, a lourdement pénalisé l’énergie. Le secteur financier a pâti de l’évolution des taux liée aux annonces de politique monétaire et au stress des marchés financiers. A contrario, la santé et la consommation non cyclique ont surperformé. C’est aussi le cas de la technologie, susceptible de profiter des conséquences des mesures de confinement, qui a également bénéficié des espoirs d’une reprise de l’activité en Asie.
Les marchés sous le signe du coronavirus
A très court terme, cette situation risque de perdurer alors que l’épidémie s’étend et que les incertitudes sur l’évolution possible de la pandémie sont très importantes. Elles concernent bien sûr le bilan humain mais aussi la durée des mesures de confinement et d’interruption des activités non essentielles, qui débutent à peine dans de nombreux pays. Cette information est pourtant indispensable pour estimer leur impact économique, ce qui explique qu’un consensus ait du mal à s’établir.
Toutefois, face aux mesures exceptionnelles mises en œuvre par les Banques centrales pour éviter une crise de liquidités d’une part et assurer la transmission de leurs politiques monétaires très accommodantes d’autre part, les investisseurs ne doivent pas abandonner tout espoir malgré la sévérité de la récession mondiale qui se profile.
Les mesures de soutien budgétaire, même si elles ont été parfois un peu plus longues à mettre en place, traduisent, elles aussi la détermination des pouvoirs publics. La politique budgétaire, ciblée pour soutenir la demande et aider les ménages et les entreprises les plus fragiles, peut jouer un rôle décisif en évitant de multiples faillites.
Après le mouvement de panique sur les marchés financiers déclenché à la mi-mars par la brusque prise en compte des conséquences économiques et sociales de la pandémie, certains indicateurs de stress se sont légèrement détendus sous l’effet de l’action des banques centrales.
Dans ce contexte, avec un horizon d’investissement de moyen terme, et alors que certains actifs ont connu de violentes baisses pour atteindre des niveaux reflétant un scénario extrêmement défavorable, il convient d’exploiter, avec prudence et sélectivité, les opportunités qui se présentent. L’approche doit rester réactive et flexible et, au suivi des facteurs fondamentaux et des indicateurs de sentiment des marchés, doit s’ajouter l’examen des progrès scientifiques contre la maladie. Bien évidemment, l’annonce crédible d’un traitement ou d’un vaccin ou la généralisation des tests constitueraient des points d’inflexion majeurs.