En ces premiers mois de 2024, les secteurs de la technologie de l’information et des services de communication ont de nouveau tiré le reste du marché boursier vers le haut. Bien que la performance de certains segments puisse sembler exagérée, cette tendance a, dans de nombreux cas, été soutenue par des entreprises affichant de solides résultats fondamentaux et s’orientant vers une amélioration continue.
Si les comparaisons avec l’ère des sociétés « pointcom » de la fin des années 1990 sont nombreuses, il nous semble plus vraisemblable de parler du milieu que de la fin de cette décennie. C’est en effet à cette époque qu’une nouvelle technologie aux répercussions économiques immenses allait s’immiscer dans la vie quotidienne et avoir des implications de taille : l’introduction d’Internet a permis au monde des affaires de gagner énormément en efficacité (et a offert de nombreuses facilités dans d’autres domaines).
La croissance spectaculaire des bénéfices qui a suivi et l’euphorie boursière prolongée ont finalement conduit à la formation d’une bulle composée de valeurs négociées à des valorisations ridicules.
Plusieurs années durant avant cette bulle (1995-1997), tandis que les valorisations étaient ancrées dans la réalité, la performance du marché avait pourtant été exceptionnellement solide.
À l’heure actuelle, l’intelligence artificielle générative (IAg) a d’énormes répercussions sur de nombreux agents vecteurs et bénéficiaires de cette technologie ; le cours de leurs actions en a également profité au même titre.
Tous ces facteurs ont conduit à une expansion des multiples de valorisation, impliquant une accélération de la croissance future des bénéfices. Certaines de ces entreprises atteindront, voire dépasseront, la croissance sous-tendue par leurs multiples, là où d’autres dont l’action profite d’une assimilation superficielle au nouveau mot à la mode décevront et connaîtront une correction de prix.
L’indispensable nécessité d’une infrastructure en appui à l’intelligence artificielle
Les investisseurs désireux de prospérer grâce à la technologie disruptive qu’est l’IA et d’éviter les entreprises susceptibles de décevoir devront impérativement se tourner vers des portefeuilles à gestion active et à exécution efficace. Car, en revanche, les stratégies à gestion passive s’orienteront indifféremment des deux côtés, en donnant plus de poids aux entreprises ayant déjà enregistré les gains les plus importants.
Les adeptes et les bénéficiaires potentiels des gains d’efficacité générés par l’IA n’ont, quant à eux, pas participé de manière significative à la reprise du marché boursier. D’après une enquête menée par Morgan Stanley, 33 % des CIO tablent sur le second semestre 2024 pour la réalisation de leurs premiers projets liés à l’IA ou à de grands modèles de langage (Large Language Model –LLM). Ces projets pourraient entraîner des dépenses massives, lesquelles continueraient à profiter aux agents vecteurs dans un premier temps, mais finiraient par se traduire par des gains d’efficacité et une rentabilité accrue pour les adeptes.
Face à l’engouement suscité par l’IA auprès d’un nombre croissant de secteurs et d’entreprises, il devient impératif de prévoir des infrastructures d’appui en plus grand nombre et améliorées. Il convient d’entendre par là, notamment, des centres de données et des entreprises dans des domaines tels que le stockage, les semi-conducteurs, les fonderies, la cybersécurité, l’intégration de l’IA, la mise en réseau, les solutions énergétiques, etc.
Le pic des taux directeurs américains à l’origine d’un environnement favorable
Un autre parallèle peut être établi avec les années 1990. La Réserve fédérale américaine est parvenue, pour la dernière fois au milieu des années 1990, à orchestrer un atterrissage en douceur de l’économie après un cycle de relèvements rapides des taux directeurs. À mesure que nous avançons vers le milieu des années 2020, un nouvel atterrissage en douceur se profile à l’horizon.
L’environnement semble être favorable pour les entreprises à plus forte croissance et à la recherche de financement de marché. En raison du ralentissement de l’inflation, le marché mise sur une politique monétaire moins restrictive, les investisseurs débattant pour l’essentiel du rythme et du degré d’assouplissement plutôt que de l’orientation des taux directeurs.
Le risque subsiste que l’impact de la hausse des taux d’intérêt conduise à terme à une dégradation considérable de l’économie. Les entreprises à plus forte croissance alignées sur des thèmes de longue date (comme le progrès technologique) devraient être, néanmoins, moins corrélées à la dynamique conjoncturelle, ce qui leur permettrait donc probablement de surperformer le marché au sens large même si un atterrissage en douceur devait ne pas se matérialiser.
Les logiciels et les services informatiques, moteur de croissance en 2024
Selon Gartner, entreprise de recherche et de conseil dans le domaine de la technologie, les dépenses informatiques à l’échelle mondiale devraient augmenter de 6,8 % en 2024, pour atteindre un total de 5 000 milliards de dollars américains.
Les segments des logiciels et des services informatiques devraient être les principaux moteurs de croissance cette année et représenter près de la moitié des dépenses totales prévues.
La cybersécurité ferait partie des facteurs clés de croissance du segment des logiciels : 80 % des cadres dirigeants spécialisés dans le secteur de la technologie ont confié à Gartner leur intention d’accroître leurs dépenses dans ce domaine, craignant notamment que l’adoption de l’IA n’augmente les failles en matière de sécurité informatique.
Les dépenses en appareils informatiques, lesquelles affichent une contraction depuis deux ans après une croissance vigoureuse consécutive à l’apparition du Covid, devraient repartir à la hausse, amorçant ainsi un nouveau cycle d’expansion.
L’année dernière, nous avons observé des signes de stabilisation de la croissance des tendances en matière d’informatique dématérialisée (« cloud computing ») chez les hyperscalers (centres de données à grande échelle offrant des ressources informatiques massives, généralement sous la forme de plateformes élastiques hébergées sur le cloud). Après les récents rapports financiers du quatrième trimestre 2023, il semble maintenant qu’une réaccélération soit en cours, les vents contraires liés à l’optimisation de la charge de travail s’apaisant. Nous sommes optimistes quant à une nouvelle accélération en 2024.
La charge de travail assurée par l’IA est un domaine de croissance rapide qui contribue à augmenter de manière plus générale les recettes tirées des activités dans le cloud de ces entreprises. Certains géants américains de la technologie (ou « hyperscalers ») devraient être les grands gagnants de cette évolution, bien que d’autres nombreuses entreprises corollaires, présentant un potentiel haussier important, en profitent également. Les logiciels et équipements de réseau pourraient être l’un des domaines où la croissance rebondit plus rapidement que prévu.
Et ce n’est pas tout !
Nous restons confiants quant à la pérennité des moteurs de croissance séculaires – l’informatique dématérialisée, l’intelligence artificielle, l’automatisation et l’Internet des objets – et des technologies fondamentales qui rendent tout ceci possible. Ils constituent le socle de notre stratégie d’investissement dans le secteur de la technologie.
Nous demeurons convaincus que les protagonistes et les bénéficiaires de la transformation numérique seront à l’origine d’une augmentation de la croissance des revenus, des bénéfices, des flux de trésorerie et des rendements sur un horizon d’investissement à long terme, dans ce monde où les entreprises s’efforcent de réduire leurs coûts, de fonctionner plus efficacement et d’innover pour se différencier.