Sur les sept membres du comité permanent du Politburo chinois, quatre sont nommés pour la première fois. Quelles sont les conséquences possibles de tels changements ?
Le 20e Congrès du Parti communiste chinois (PCC) s’est achevé le 23 octobre et les nouveaux membres du Politburo et du Comité permanent ont été confirmés 24h après. Comme le veut la procédure, leur nomination sera validée par le Congrès national du peuple en mars 2023.
Continuité des politiques et des réformes
Comme prévu, Xi Jinping reste président mais aussi secrétaire du Parti et chef des armées (les deux postes les plus puissants du gouvernement). Les politiques et les réformes vont donc se poursuivre et les priorités seront les suivantes :
- Promouvoir le développement économique pour placer la Chine sur une trajectoire durable
- Faire de la Chine une société « modérément riche » d’ici 2035
- Le rôle des entreprises d’État et des entreprises privées dans les réformes structurelles.
La continuité des politiques témoigne donc de la stabilité de l’exécutif et doit être considérée comme une bonne nouvelle face aux difficultés économiques actuelles, aux incertitudes entourant l’évolution future des politiques menées et à la montée des risques géopolitiques.
Toutefois, compte tenu de la priorité accordée par le Congrès à la prudence des politiques macroéconomiques et du logement (« les maisons sont faites pour vivre et non pour spéculer »), la faiblesse actuelle de l’immobilier résidentiel continuera probablement à freiner l’économie à court terme et aucune mesure radicale d’assouplissement ne sera prise après le Congrès.
Pékin va maintenir sa politique « zéro Covid » même si des ajustements sont possibles à la marge pour accroître la flexibilité de la politique et atténuer son impact sur l’économie.
Le président Xi Jinping voit sa stature renforcée
La conclusion du Congrès est un renforcement manifeste du pouvoir individuel de Xi Jinping :
- Il a enfreint la limite de deux mandats présidentiels fixée par la Charte du Parti ainsi que la règle implicite de l’âge de la retraite de 68 ans en nommant au Politburo et au Comité permanent des membres qui dépasseront cette limite d’âge d’ici un an ou deux.
- La mention « La pensée de Xi Jinping sur le socialisme à la chinoise de la nouvelle ère » a été inscrite dans la Charte du Parti.
- Xi Jinping a également rompu avec la pratique traditionnelle du Parti consistant à nommer au poste de Premier ministre une personne ayant occupé le poste de vice-Premier ministre. Ce n’est pas le cas du nouveau Premier ministre Li Qiang (qui remplace Li Kequiang). Il était en concurrence avec deux membres du Comité permanent, Zhao Leiji et Wang Huning, qui ont déjà été vice-Premier ministre.
Dans l’ensemble, Xi Jinping s’est entouré de fidèles partisans, qui sont également des réformateurs, pour constituer le noyau du pouvoir. Ces dispositions devraient garantir la continuité des politiques et des réformes. Jusqu’à présent, sous sa houlette, des résultats positifs ont été enregistrés, notamment en matière de désendettement et de réduction de la corruption (cf. Graphiques 1 et 2).
Si Xi Jinping a probablement toutes les raisons de recentraliser le pouvoir pour faire avancer des réformes douloureuses (malgré la manière dont l’Occident voit les choses), la Chine et le monde entier sont désormais confrontés au « risque de l’homme-clé », puisque c’est bien lui qui prend les décisions en dernier ressort.
Compte tenu de son bilan en matière de réformes, nous pensons que la Chine mérite le bénéfice du doute. Le pays pourrait tout à fait financer une croissance à long terme de meilleure qualité en trouvant de nouveaux moteurs, conformément à l’approche de « destruction créative ».
Quelles sont les nouveautés ?
L’un des principaux changements est le remaniement de l’équipe de direction économique et financière. Le Premier ministre Li Keqiang, le premier vice-Premier ministre Han Zheng, le vice-Premier ministre Liu He, le gouverneur de la banque centrale Yi Gang, le président de la CBIRC Guo Shuqing et le ministre des finances Liu Kun seront remplacés d’ici mars prochain.
La nouvelle équipe, qui sera annoncée ultérieurement, devrait comprendre des partisans des politiques de libéralisation économique et financière de Xi Jinping.
Le Parti a notamment durci de manière très claire ses positions concernant la souveraineté nationale, l’unification avec Taïwan, l’approche « un pays, deux systèmes » vis-à-vis de Hong Kong et la modernisation militaire par le biais des progrès technologiques. [1] Lors du Congrès, le Parti a mis en garde contre des changements dramatiques (comprendre « augmentation des risques géopolitiques ») à l’échelle mondiale. Ces priorités contrastent fortement avec l’évaluation faite lors du 19e Congrès, il y a cinq ans, qui avait considéré la paix et le développement comme les principales thématiques internationales.
L’innovation et la sécurité sont désormais des priorités en termes de développement. Ces thèmes font écho à la politique de « double circulation » de Pékin [2] (en vigueur depuis 2020) qui met l’accent sur l’éducation, la technologie et l’innovation pour stimuler la croissance à long terme de la Chine, en améliorant la productivité et en se préparant à une intensification de la concurrence technologique sino-américaine.
En effet, le gouvernement américain a récemment élargi le périmètre de ses contrôles et restrictions sur les exportations de technologies vers la Chine. Il a même été étendu aux nouveaux talents et sera probablement élargi ultérieurement aux flux d’investissements.
La concurrence acharnée dans le secteur des technologies pourrait nuire aux chaînes d’approvisionnement et à la modernisation de l’industrie chinoise. Elle pourrait également freiner les perspectives du secteur technologique à court et à moyen terme et ralentir sa progression, sans pour autant l’interrompre complètement.
L’augmentation des tensions géopolitiques pourrait accroître la détermination de la Chine à renforcer son autosuffisance et ses chaînes d’approvisionnement dans les domaines des technologies et des systèmes manufacturiers avancés. Toutefois, il faut s’attendre à ce que les autorités continuent à ouvrir le secteur financier pour bénéficier des flux de capitaux internationaux, conformément à la stratégie de « double circulation ».
Lire aussi 20e Congrès du Parti communiste chinois – Une absence de surprise surprenante
Références
[1] Voir la référence dans la 1er note de bas de page.
[2] « Chi on China: China’s Dual Circulation Strategic Pivot to Counter External Exigencies and Global Demand Shift »,16 septembre 2020.
Avertissement

