Elections américaines 2024 : une première analyse

Donald Trump a été déclaré vainqueur de l’élection présidentielle américaine de 2024. Pour les marchés, le résultat peut-être le plus important concerne le Congrès. Le Parti républicain devrait conserver la majorité à la Chambre des Représentants et est parvenu à décrocher le contrôle du Sénat. Dans ces conditions, la possibilité pour le Président Trump de mettre en œuvre la plupart des mesures évoquées pendant la campagne électorale (et pas seulement le volet sur le commerce international et l’immigration) s’en trouverait singulièrement accrue.

Malgré des sondages donnant un résultat très serré, les indications fournies par les paris sur la victoire de l’un des deux candidats penchaient en faveur de Donald Trump. Les difficultés des sondeurs à anticiper correctement l’issue du scrutin peuvent s’expliquer par les résultats des élections de 2016 et 2020. En 2016, face à Hillary Clinton, Donald Trump était donné perdant dans les principaux « Etats pivots » (swing states) de 0,2 % alors qu’il l’a finalement emporté. En 2020, face à Joe Biden, son retard dans les sondages était de 2,0 %. Pour ce scrutin, il était en tête de 0,8 %, c’est-à-dire des sondages relativement plus favorables que les deux fois précédentes, ce qui représentait une bonne chance de l’emporter. Les marchés financiers (actions à la hausse et obligations gouvernementales à la baisse) semblent d’ailleurs avoir pris en compte dans une certaine mesure la possibilité d’une victoire de Donald Trump.

Les résultats sont désormais connus et les investisseurs vont chercher à évaluer les conséquences sur les perspectives de l’économie mondiale et des marchés financiers.

Pour commencer, il peut être pertinent de rappeler les performances des différentes classes d’actifs durant la première présidence de Donald Trump (voir graphique 1).

Performances des classes d’actifs durant la première présidence de Donald Trump

(performance totale mensuelle moyenne annualisée)

Données au 30 septembre 2024. * Rendement moyen à partir de janvier 1946 ou des premières données disponibles. † D’octobre 2016 à décembre 2019. * * Hors Amazon. Sources : Bloomberg, FactSet, BNP Paribas Asset Management. Les performances passées ne présagent pas des performances futures.

Par rapport aux moyennes historiques, les actions ont surperformé les obligations et les actions américaines, en particulier, ont surperformé les actions du reste du monde.

L’augmentation des droits de douane aurait dû soutenir l’activité intérieure (c’est en général l’effet recherché de telles mesures). Pourtant, l’indice Russell 2000 des petites capitalisations n’a pas surperformé le S&P 500. Cela reflète peut-être le fait que les droits de douane moyens n’ont pas beaucoup augmenté au cours du premier mandat de Donald Trump. Les valeurs de croissance et de technologie ont bien performé, mais il s’agit vraisemblablement d’une conséquence des forces structurelles plus profondes à l’origine de l’expansion du secteur partout dans le monde plutôt que le résultat de politiques spécifiques.

En ce qui concerne l’obligataire, les TIPS américains (titres du Trésor indexés sur l’inflation) ont moins bien performé que les obligations gouvernementales nominales. Les obligations d’entreprise se sont mieux comportées. L’or a été recherché par les investisseurs et le dollar s’est apprécié.

Ces comportements vont-ils se répéter ?

Les risques géopolitiques paraissent, aujourd’hui, plus importants qu’ils ne l’étaient à l’époque. Par ailleurs, l’économie américaine se trouve dans une phase différente de son cycle économique. En 2016, les taux directeurs avaient été maintenus bas pendant des années après la crise financière mondiale et l’inflation était inférieure à l’objectif. La Fed a, par la suite, commencé à remonter ses taux directeurs, car elle s’inquiétait des effets potentiellement inflationnistes de la relance impulsée par les baisses d’impôts.

S’il est manifestement impossible de quantifier l’impact d’une politique économique quelle qu’elle soit à un stade aussi précoce, il paraît raisonnable d’anticiper que la croissance et l’inflation seront relativement plus élevées que ce qui ressortait des prévisions établies avant les élections.

Le niveau et le nombre de réglementations fédérales sont susceptibles de diminuer. Les impôts devraient baisser.

Quant aux risques, les investisseurs s’inquiètent naturellement de l’impact d’une augmentation significative des droits de douane (et de la réaction des partenaires commerciaux des Etats-Unis) sur la croissance et l’inflation mondiales. Le mouvement de « démondialisation » s’est affirmé sous le premier mandat de Donald Trump et s’est poursuivi sous l’Administration Biden. A quel point va-t-il se renforcer au cours des quatre prochaines années ?

Les commentaires du candidat Trump sur ce sujet ont été particulièrement véhéments. Les conséquences des droits de douane sur l’économie mondiale dépendront bien sûr de la mesure dans laquelle ils seront mis en œuvre (niveau, pays et produits concernés) en pratique.

Une différence majeure entre aujourd’hui et 2016 est l’ampleur du déficit budgétaire américain et l’encours de la dette fédérale. Fin 2016, le déficit s’élevait à 5,5 % du PIB contre 7,4 % en juin 2024, et la dette publique s’établissait à 105 % du PIB en 2016 contre 121 % fin septembre 2024 (source : FactSet).  Compte tenu des propositions de baisses d’impôts supplémentaires de la part de Donald Trump, les investisseurs s’inquiètent des niveaux futurs des rendements des bons du Trésor américain.

Les restrictions évoquées sur l’immigration correspondent peu ou prou au retour à la situation qui prévalait avant l’entrée en fonction de Joe Biden. Toutefois, compte tenu du faible taux de chômage aux Etats-Unis (4,1 % actuellement), les pressions salariales pourraient s’en trouver accrues. Les prévisions du marché (et de la Fed) concernant le rythme de baisse du taux des fonds fédéraux vont certainement changer.

La victoire de Donald Trump en 2016 a surpris la plupart des investisseurs, alors que cette fois-ci, les marchés ont partiellement intégré un tel résultat. L’évolution ultérieure des marchés d’actions, sera-t-elle favorable aux investisseurs comme elle l’a été en 2016 ? Au lendemain de son retour, les investisseurs espèrent sans doute connaître une sensation de déjà-vu.

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