Au 14 avril, le nombre de cas de contaminations dans le monde s’élevait à 2 millions, tandis que le nombre de décès dépassait désormais 121 000. En ce qui concerne les grandes tendances au niveau régional, nous mettons en lumière quelques points essentiels :
- L’Europe est en train de dépasser le pic sur la base d’une moyenne mobile sur trois jours du nombre quotidien de morts, bien que les chiffres quotidiens restent élevés.
- La trajectoire du nombre de décès aux États-Unis est désormais pire qu’en Italie (voir graphique 1) et le directeur des centres américains de contrôle et de prévention des maladies (CDC) Robert Redfield a prévu que le pays approche de son pic.
- Le nombre de cas est en train de remonter au Japon et à Singapour malgré les restrictions de déplacements récemment annoncées dans les deux pays, et la Chine a enregistré son plus grand nombre quotidien de cas importés au cours du week-end.
- Le nombre de morts augmente dans de nombreuses économies en développement, notamment en Inde, en Turquie, au Mexique et au Brésil. Le faible nombre de cas confirmés dans ces pays reflète probablement des tests insuffisants.
Graphique 1 :

Début de la fin des mesures de confinement
Les mesures de confinement pèsent lourdement sur l’économie et les finances publiques. La question clé pour les ministres des Finances et les investisseurs est donc la stratégie de sortie du confinement. Plusieurs pays d’Europe envisagent aujourd’hui d’y mettre un.
L’Autriche, le Danemark et la Norvège vont commencer à assouplir progressivement leurs mesures cette semaine. Bien sûr, l’expérience nord-asiatique – avec une deuxième vague d’infections tant importées que locales – nous rappelle qu’apprendre à vivre avec le virus sans mesures de confinement n’est pas simple.
Perspectives économiques
En ce qui concerne les perspectives économiques, nous n’aurons pas de confirmation officielle pour un certain temps sur l’ampleur exacte de la contraction de la production. Les dernières prévisions macroéconomiques du Fonds monétaire international (FMI) replacent l’ampleur probable de la contraction actuelle dans son contexte :
Graphique 2 :

En résumé, le FMI table désormais sur une baisse du PIB mondial de 3 % en 2020, soit une baisse de plus de 6 points de pourcentage par rapport à l’estimation de la croissance mondiale réalisée en janvier 2020. Sur cette base, la récession de 2020 sera bien pire que celle du lendemain de la crise financière mondiale et la plus importante que nous ayons connue depuis la Grande Dépression.
Réponse politique – au cours de la dernière semaine, les États-Unis ont devancé l’Europe
Une contraction économique de cette ampleur exige une réponse politique importante. On a le sentiment que l’Europe est en train de perdre du terrain par rapport aux États-Unis sur ce front. Au cours de la dernière semaine, nous avons assisté à une multiplication des mesures prises par la Réserve fédérale, tandis que l’Europe continue de lutter pour trouver une solution solidaire au financement des dépenses nécessaires à la lutte contre le virus.
La Fed a acheté des actifs à un rythme prodigieux (plus de 1 000 milliards de dollars de titres du Trésor américain au cours du mois écoulé). Il y a eu multiplication des dispositifs conçus pour assurer la liquidité sur les marchés monétaires et l’octroi de crédit à l’économie réelle. Dans sa dernière annonce, la Fed a pris de nouvelles mesures pour fournir jusqu’à 2 300 milliards de dollars de prêts via un certain nombre de facilités dont :
- Financement à terme des institutions financières par le biais de la Facilité de liquidité du Programme de protection (PPLF)
- Achat de 600 milliards USD de prêts dans le cadre du Main Street Lending Programme
- Achats d’obligations d’entreprises et de titres adossés à des actifs (ABS) pour soutenir jusqu’à 850 milliards USD de crédit via trois facilités : Les facilités de crédit d’entreprises du marché primaire et secondaire (PMCCF et SMCCF) et le Term Asset-Backed Securities Loan Facility (TALF)
- Le Fonds municipal de liquidités qui offrira jusqu’à 500 milliards USD de prêts aux États et aux municipalités.
Graphique 3 :

Le récent accord de l’Eurogroupe sur la réponse à la crise était un pas dans la bonne direction, y compris des éléments innovants impliquant différentes institutions européennes, mais malheureusement, il était loin d’être un pas décisif. Le plan comprend le recours à :
- Mécanisme européen de stabilité (MES) : Un filet de sécurité pour les gouvernements de la zone euro basé à peu près sur les lignes de crédit existantes, mais avec des conditionnalités très assouplies (que les pays dépensent l’argent pour lutter contre le virus) et pouvant aller jusqu’à 2 % du PIB du pays concerné en termes de volume des prêts.
- Banque européenne d’investissement (BEI) : Un mécanisme de garantie qui pourrait atteindre 200 milliards EUR de financement pour les petites et moyennes entreprises européennes.
- Union européenne : Facilité de prêt pouvant atteindre 100 milliards EUR au total, qui apportera un soutien financier à des programmes visant à protéger les travailleurs et les emplois, appelés Support to mitigate Unemployment Risks in an Emergency (SURE).
- Fonds de relance : Une proposition visant à travailler sur un fonds qui pourrait financer des mesures destinées à relancer l’économie et à assurer la solidarité de l’UE avec les États membres les plus touchés. Des discussions sont en cours sur les sources de financement du fonds et sur les « instruments financiers innovants » (conformes aux Traités de l’UE).
Le Premier ministre italien Giuseppe Conte a décrit la solution du MES comme un « outil totalement inadéquat » et a clairement indiqué que l’Italie n’avait pas l’intention d’y avoir recours.
Point sur l’environnement de marché
Les actifs risqués ont continué de rebondir, les mesures de politique monétaire, notamment de la Fed, ayant démontré la détermination des autorités à assurer le bon fonctionnement des marchés financiers. Dans le sillage des annonces de la Fed du 9 avril (voir ci-dessus), les obligations à haut rendement ont connu leur plus forte hausse journalière depuis 2008.
Les marchés actions des pays développés ont poursuivi leur rebond au cours de la dernière semaine. Les marchés américains et européens ont désormais effacé près de 50 % de leurs pertes enregistrées lors de la correction liée au coronavirus. S’il s’agit d’une bonne nouvelle, le rallye s’est limité aux grandes valeurs, en particulier les géants d’internet.
Il n’est pas temps de vendre des actifs risqués
En résumé, les réponses politiques et les premiers signes d’une levée – progressive – des mesures de confinement sont autant de raisons d’être optimistes. Nos signaux continuent de nous suggérer que ce n’est pas le moment de vendre les actifs risqués. Nous continuons de rechercher des opportunités pour reconstituer des positions sur ces classes d’actifs, comme les actions, dont certaines valorisations reflètent toujours des ventes sans discrimination.
Denis Panel, responsable de la gestion multi-actifs et des solutions quantitatives (MAQS -Multi-Asset and Quantitative Solutions), et Marina Chernyak, économiste senior et coordinateur de la recherche COVID-19