L’électrification du marché automobile, qui se développe rapidement, offre des opportunités pour les leaders technologiques asiatiques au niveau mondial.
Cet article a été rédigé par Oscar Yang et Paul Peng d’Impax Asset Management. Impax est un gestionnaire d’actifs spécialisé qui investit dans les opportunités offertes par la transition vers une économie plus durable. Impax est gestionnaire délégué des fonds BNP Paribas.
L’innovation a contribué à stimuler la croissance économique en Asie depuis les années 1950, alors que les entreprises japonaises étaient pionnières dans le domaine technologique, avec notamment les magnétoscopes ou les trains à grande vitesse. Aujourd’hui, cette région représente plus de 40% des dépenses de recherche et développement mondiales et domine les secteurs qui soutiennent l’économie mondiale, notamment les semi-conducteurs de pointe et l’automatisation dans l’industrie.
Des entreprises asiatiques innovantes ont conquis des positions de force dans des technologies clés du secteur de l’environnement. Il suffit de se pencher sur le marché mondial des véhicules électriques (VE) pour voir comment, grâce à des politiques de soutien et à une suprématie dans des secteurs connexes tels que les batteries, celles-ci ont développé des positions dominantes dans des créneaux technologiques clés permettant d’accélérer la transition vers une économie mondiale plus durable.
Des politiques en faveur de solutions environnementales
L’attention croissante portée par les gouvernements de la région sur le leadership technologique et leur action dans le domaine climatique apportent à nos yeux à elles deux un soutien aux entreprises asiatiques dont les produits peuvent contribuer à relever les défis environnementaux, notamment dans le domaine des véhicules électriques.
Des tensions géopolitiques accrues ont conduit les principales économies asiatiques à développer leur indépendance technologique. C’est ce qui a conduit aux politiques de soutien à l’innovation locale.
Les semi-conducteurs, dont dépendent fortement de nombreuses technologies de pointe, sont au cœur des conflits commerciaux entre Etats et des politiques budgétaires. La Corée du Sud, qui domine la production mondiale de puces mémoire, a par exemple introduit des incitations fiscales et des subventions pour aider son industrie à être compétitive dans le secteur des autres types de puces, qui dégagent de plus grandes valeurs ajoutées.
Les ambitions nationales en matière de haute technologie vont bien au-delà des semi-conducteurs; elles portent par exemple sur les technologies clés du secteur de l’environnement. Le gouvernement chinois soutient une série de secteurs jugés stratégiquement importants, notamment les équipements liés aux énergies renouvelables et les véhicules électriques. 5 des 11 principaux bénéficiaires de subventions publiques en 2021, qui totalisaient environ 31 milliards de dollars, étaient des constructeurs de véhicules électriques ou des fabricants de batteries.
Les objectifs climatiques nationaux et les préoccupations locales en matière de qualité de l’air se traduisent par un soutien politique de poids en faveur des véhicules électriques et d’autres solutions environnementales. La Chine s’est engagée à ce que ses émissions de CO2 se mettent à décroitre avant 2030. L’Inde – qui abritait sept des dix villes les plus polluantes du monde en 2022 – a pour objectif de réduire l’intensité de ses émissions à 45% des niveaux de 2005 d’ici 2030.
La décarbonisation du transport de passagers, qui représente environ 11% des émissions mondiales de CO2 d’origine humaine, est essentielle pour atteindre à la fois les objectifs climatiques et une meilleure qualité de l’air. Dans sa feuille de route pour atteindre la neutralité carbone d’ici 2050, l’AIE estime que 60% des ventes mondiales de voitures neuves devront être électriques d’ici 2030.
Stimuler l’innovation dans le secteur des véhicules électriques
L’émergence d’un écosystème de véhicules électriques en Asie est le résultat d’un leadership dans les secteurs technologies connexes, de politiques de soutien et d’innovation de la part des entreprises.
Premièrement, la prééminence dans les composants essentiels des voitures électriques a constitué un avantage. Les batteries lithium-ion, largement utilisées dans l’électronique grand public, peuvent constituer jusqu’à 40% du coût de fabrication d’un véhicule électrique. L’Asie représentait 90% de la fabrication mondiale de batteries lithium-ion en 2021, marché dominé par des entreprises chinoises dont CATL et BYD (qui est par ailleurs un important constructeur de véhicules électriques). Le leadership dans le domaine des semi-conducteurs est également un atout: les véhicules électriques les plus récents contiennent chacun plusieurs milliers de puces.
Deuxièmement, l’intervention du gouvernement chinois au cours des deux dernières décennies a favorisé la création du plus grand marché de véhicules électriques au monde. Outre les subventions et les allégements fiscaux pour les fabricants de batteries et de véhicules électriques, des politiques telles que le rationnement des plaques d’immatriculation ont encouragé la population à acheter des véhicules électriques.
Environ la moitié des 6,6 millions de véhicules électriques vendus dans le monde en 2021 l’ont été en Chine. Cela n’est pas seulement dû à la taille du marché: comme illustré ci-dessous, la part des véhicules électriques dans les ventes de voitures neuves en Chine (16%) est plus du double de celle de n’importe quelle autre grande économie asiatique et est comparable à celle de la France et du Royaume-Uni (19%).
Si l’on regarde un peu plus loin, l’interdiction des moteurs à combustion interne d’ici 2035 devrait accélérer l’adoption des véhicules électriques au cours de cette décennie en Chine, ainsi que dans des marchés clés comme la Corée du Sud et le Japon. Plus de la moitié des voitures neuves vendues en Chine devraient être électriques d’ici la fin de la décennie.