Cette semaine sur les marchés – Données solides ou problèmes immobiliers… Vont-ils freiner ou précipiter une baisse des taux ?

Aux États-Unis, l’inflation s’entête à rester élevée, et la croissance économique demeure plus forte que prévu. Il semble désormais peu vraisemblable que la Réserve fédérale américaine (Fed) opère une baisse des taux en mars ; la probabilité d’une première baisse, même en mai, a d’ailleurs reculé de plus de 80 % il y a quelques semaines à près de 40 %. En revanche, les problèmes que rencontre l’immobilier commercial des deux côtés de l’Atlantique ravivent les craintes d’une crise bancaire régionale, laquelle pourrait plaider en faveur d’une baisse anticipée des taux d’intérêt.

Inflation persistante

L’inflation globale et l’inflation mesurée selon l’indice des prix à la consommation (IPC) aux États-Unis ont certes ralenti en janvier, mais moins que prévu. La nervosité que suscite sur les marchés la possibilité d’une remontée des taux d’intérêt a fait chuter le Dow Jones et le NASDAQ de 1,5 %, voire plus, mardi (13 février). Les actions européennes ont également reculé de 1 %.

D’autres données pour le mois de janvier ont montré une croissance solide et une dynamique des prix. C’est le cas notamment de l’indice américain des services ISM (Institute for Supply Management), qui a enregistré sa progression la plus rapide en quatre mois ; les données sur l’emploi non agricole mentionnent 353 000 nouveaux emplois ainsi qu’une accélération inattendue de la croissance moyenne des salaires à 4,5 % en glissement annuel. Dans l’ensemble, l’indice du coût de l’emploi s’est inscrit en forte augmentation (+4,2 % en glissement annuel) en 2023.

Cette série de chiffres remarquables balaie l’idée d’une baisse des taux en mars et contraint le marché des contrats à terme sur les fonds fédéraux à repousser au mois de juin 2024 sa première perspective de baisse des taux (la probabilité étant de 75 %).

Le fait est que, compte tenu de la trop forte résilience de l’économie américaine, la Fed ne risque pas de réduire les taux de sitôt. Certes, la hausse de la productivité américaine depuis la pandémie devrait contribuer à apaiser les craintes d’un retour de fortes pressions inflationnistes entraînant un nouveau cycle de resserrement de la politique monétaire, toutes choses étant égales par ailleurs.

Cependant, toutes les choses ne sont pas égales. Les conflits au Moyen-Orient et en mer Rouge attisent le risque d’inflation en raison des possibles perturbations au niveau de l’énergie et des chaînes d’approvisionnement. Comme le montre l’indice ISM non manufacturier de janvier, les attaques maritimes en mer Rouge et la congestion du canal de Suez retardent, d’après certaines entreprises, les livraisons et intensifient les pressions sur les prix. Le sous-indice ISM des prix s’est hissé à son plus haut niveau (64) depuis février 2023.

Activité manufacturière mondiale

D’un point de vue plus général, l’indice composite mondial des directeurs d’achat (PMI – Purchasing Managers Index) ne plaide pas en faveur de baisses imminentes des taux d’intérêt. L’indice est passé à 51,8 en janvier, son plus haut niveau depuis juin 2023. La hausse des nouvelles commandes et de la production des composants dans le secteur manufacturier a fait grimper le PMI manufacturier mondial à 50, marquant le premier mois sans contraction depuis août 2022. L’indice PMI mondial des services a encore fait mieux, en passant la barre des 52 en janvier. Dans l’ensemble, les économies asiatiques ont surperformé celles des marchés développés, l’Inde affichant les meilleurs résultats PMI.

Un assouplissement ? Pas encore pour tout de suite

Face à la combinaison de la résilience de la demande, des tensions sur les marchés du travail et des risques d’inflation, tout porte à croire que la Fed et les autres banques centrales seront enclines à patienter avant d’adopter une politique d’assouplissement. La semaine dernière, la Reserve Bank of Australia a maintenu son taux directeur inchangé et a averti qu’un nouveau resserrement de la politique monétaire n’était pas à exclure.

L’OCDE a également prévenu les banques centrales qu’il était trop tôt pour crier victoire sur l’inflation, étant donné que la croissance économique reste résiliente. Selon ses dernières prévisions, la croissance mondiale devrait légèrement ralentir, pour s’établir cette année à 2,9 % en glissement annuel (contre 3,1 % l’année dernière). Cependant, il existe des différences régionales, les prévisions de croissance du PIB américain ayant été revues à la hausse de 0,6 point de pourcentage, et celles de la zone euro à la baisse de 0,3 point de pourcentage.

Pressions exercées par l’immobilier commercial

Pendant ce temps, les problèmes de l’immobilier commercial aux États-Unis ravivent les craintes d’une crise bancaire régionale. Si cela devait se produire, l’argument d’un abaissement attendu des taux pourrait finir par être avancé. Les prêteurs et les investisseurs au Japon, en Allemagne et au Canada ont également déclaré des pertes sur créances ou dépréciations non négligeables à la suite des problèmes rencontrés par l’immobilier commercial aux États-Unis.

La secrétaire au Trésor américain, Janet Yellen, le président de la Fed, Jerome Powell, et d’autres responsables de banques centrales de part et d’autre de l’Atlantique ont exprimé leurs inquiétudes quant aux risques que présentent les pertes enregistrées par l’immobilier commercial pour la stabilité financière. Officiellement, toutefois, le problème serait gérable.

Qui sera le premier à baisser les taux ?

Il ne fait nul doute que les taux d’intérêt seront abaissés tôt ou tard. Les deux dernières années de resserrement monétaire compriment la croissance, les problèmes de l’immobilier commercial s’ajoutant à la pression exercée en faveur d’une baisse des taux. Les liens entre les banques et l’immobilier commercial peuvent nuire à la capacité des banques à accorder des crédits aux ménages et à d’autres entreprises. Cela pourrait potentiellement freiner la croissance du crédit et, à terme, peser sur la croissance du PIB.

Néanmoins, les marchés financiers sont restés calmes jusqu’à présent. Les investisseurs comptent sur les banques centrales pour venir à leur rescousse à temps, le cas échéant. Cette confiance se reflète dans la stabilité de l’indice bancaire américain de référence, le KBW, et dans l’absence de réaction du rendement du Bund à 10 ans, malgré les dernières mauvaises nouvelles provenant de banques régionales aux États-Unis et en Allemagne.

Tout cela soulève une question intéressante : qui, le moment venu, sera le premier à baisser les taux ?

La performance économique plus faible de la zone euro par rapport à celle des États-Unis s’explique par sa plus grande vulnérabilité à des taux d’intérêt élevés et aux potentielles perturbations de l’approvisionnement énergétique. De ce point de vue, et sauf crise financière, la Fed semble être en meilleure position que la BCE pour maintenir la stabilité des taux d’intérêt pendant encore un certain temps.

Informations importantes

Veuillez noter que les articles peuvent contenir des termes techniques. Pour cette raison, ils peuvent ne pas convenir aux lecteurs qui n'ont pas d'expérience professionnelle en matière d'investissement. Les opinions exprimées ici sont celles de l’auteur à la date de la publication, sont fondées sur les informations disponibles et sont susceptibles de changer sans préavis. Les équipes de gestion de portefeuille peuvent avoir des opinions différentes et prendre des décisions d’investissement différentes pour différents clients. Le présent document ne constitue pas un conseil en investissement. La valeur des investissements et les revenus qu’ils génèrent peuvent évoluer à la baisse comme à la hausse, et les investisseurs sont susceptibles de ne pas récupérer leur investissement initial. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures. Les investissements sur les marchés émergents ou dans des secteurs spécialisés ou restreints sont susceptibles d'afficher une volatilité supérieure à la moyenne en raison d'un haut degré de concentration, d'incertitudes accrues résultant de la moindre quantité d'informations disponibles, de la moindre liquidité ou d'une plus grande sensibilité aux changements des conditions de marché (conditions sociales, politiques et économiques). Pour cette raison, les services de transactions de portefeuille, de liquidation et de conservation pour le compte de fonds investis sur les marchés émergents peuvent être plus risqués. Les actifs privés sont des opportunités d'investissement qui sont absentes des marchés publics, comme les bourses de valeurs mobilières. Ils permettent aux investisseurs de s’exposer de manière directe à des thèmes d'investissement à long terme et donnent accès à des secteurs ou industries spécialisés, comme les infrastructures, l'immobilier, le private equity et d'autres solutions alternatives difficilement accessibles via des moyens traditionnels. Les actifs privés doivent toutefois faire l’objet d'une approche rigoureuse en raison d'un niveau d'investissement minimum souvent élevé, d’une complexité accrue et d'une forte illiquidité.

Back to Top