La COP26 a non seulement permis de mettre en lumière les projets des gouvernements visant à accélérer le processus de décarbonation dans le monde, mais elle a également encouragé de nombreux individus à réfléchir à la manière dont ils pourraient réduire leur propre empreinte carbone. L’énergie solaire résidentielle est au cœur des efforts déployés pour améliorer l’efficacité énergétique des logements. La croissance n’a eu cesse de progresser ces dernières années, pourtant le taux de pénétration global de l’énergie solaire reste très faible et les prévisions envisagent une croissance significative de cette source d’énergie tout au long de cette décennie.
En tant que gérants de portefeuille dans le secteur de l’environnement, notre rôle ne se limite pas à identifier les solutions environnementales les plus récentes sur le marché, il consiste également à rechercher les sociétés qui ont un véritable impact positif sur l’environnement. Nos entretiens réguliers avec les dirigeants d’entreprises nous permettent de nous tenir au fait des dernières tendances, innovations et opportunités de croissance dans le domaine environnemental.
Partager les réflexions qui ressortent de ces entretiens, telle est l’ambition de notre « Uncapped Impact Series ». Dans cette première édition, nous abordons le potentiel de croissance de l’énergie solaire avec John Berger, DG et fondateur de Sunnova Energy International, l’une des plus grandes entreprises d’installation de panneaux solaires résidentiels aux États-Unis, et étudions les raisons pour lesquelles l’énergie solaire est prête à amorcer une rupture avec l’ancien système, indépendamment de l’agenda de décarbonation.
Le changement est inéluctable
Les systèmes électriques domestiques du monde entier sont plutôt archaïques. John Berger estime que le secteur énergétique est l’une des dernières grandes industries à passer de l’ère industrielle à l’ère numérique. L’une des raisons à cela est qu’il n’y avait jusque-là pas de véritables moteurs capables d’induire une telle transformation. Mais aujourd’hui ces moteurs sont nombreux : la demande croissante d’énergies plus propres, l’accélération de la transition vers les véhicules électriques pour les particuliers et les événements climatiques perturbant la fiabilité des systèmes traditionnels et centralisés.
Outre le désir de passer à une forme d’énergie plus verte, John Berger estime que la notion de fiabilité sera un facteur déterminant pour inciter les particuliers se tourner vers l’énergie solaire. La vague de froid qui a perturbé l’alimentation électrique au Texas en début d’année a été une véritable révélation pour beaucoup. Les ménages partent souvent du principe que l’électricité sera toujours disponible, mais cet épisode a prouvé que ce n’était pas toujours le cas. « Nous sommes passés très près d’une avarie complète du système. Cela ne s’est pas produit, mais les gens ont pris conscience de la fragilité du système et ont commencé à chercher des alternatives », admet John Berger.
Le tournant décisif pour l’énergie solaire est survenu au lendemain d’une catastrophe climatique à Porto Rico, durant laquelle les gens ont pu concrètement découvrir les avantages de cette source d’énergie. Sunnova Energy International avait remarqué que la fiabilité de la production d’électricité au fioul de Porto Rico était faible et avait donc pris des mesures pour déployer un solide marché de l’énergie solaire résidentielle. Á tel point que lorsque l’ouragan Maria dévasta l’île en 2017, la société put intervenir rapidement. « Nous avons envoyé des fournitures, des matériaux, de nouveaux panneaux et onduleurs…puis nous avons acheté toutes les batteries que nous pouvions auprès de la chaîne d’approvisionnement mondiale et les avons toutes envoyées à Porto Rico », explique John Berger. Aider les résidents à se remettre rapidement de la catastrophe et à avoir un accès continu à leur propre source d’approvisionnement et stockage d’électricité a eu un impact énorme. « Cette amélioration technologique est synonyme d’une meilleure qualité de vie pour les habitants », se félicite John Berger.
Vivre sans interruption
Pourtant, les effets du dérèglement climatique ne seront pas les seuls à induire un changement. Nous sommes désormais nombreux à vivre différemment. Depuis la pandémie, nous sommes plus nombreux à télétravailler plus souvent et nous adoptons également davantage d’appareils électroménagers compatibles avec le numérique (l’Internet des objets), ce qui prouve que nous n’avons jamais été aussi dépendants de la connectivité et d’un accès stable et constant à l’électricité.
Comme l’énergie solaire puise son énergie des rayonnements du soleil, il s’agit d’un système combustible décentralisé. Tant qu’il y a ne serait-ce qu’un tant soit peu de soleil, il est possible de produire de l’électricité. Mais dans le cas de l’énergie solaire, les maisons demeurent connectées au système de réseau central, ce qui leur permet de combler les lacunes énergétiques lorsque la lumière du soleil n’est pas suffisante pour produire de l’électricité. Les batteries peuvent également servir à stocker l’excès d’énergie afin d’aider les ménages à tirer davantage parti de l’énergie produite par leurs panneaux solaires.
Comme le prix des panneaux solaires baisse et leur efficacité s’améliore, John Berger envisage un avenir où le système électrique de tous les pays s’apparentera davantage au réseau Internet, composé de systèmes énergétiques centralisés et décentralisés. « Cela s’apparenterait à vivre sans interruption ou à favoriser l’indépendance énergétique », précise-t-il. Ce changement sera, selon lui, indispensable car la demande croissante d’électricité exercera une pression énorme sur le système. Il s’interroge : « Comment parviendrons-nous à gérer la recharge des véhicules électriques ? Les services publics affirment que nous devons améliorer le système, mais dans de nombreux cas, ce n’est ni possible, ni pratique d’un point de vue économique. L’énergie solaire est un moyen de le faire rapidement en renforçant le système et en le rendant plus résilient. »
Des centrales électriques virtuelles
Décentraliser une propriété individuelle du réseau central est l’une des étapes de ce processus, mais John Berger estime que ce processus devrait aussi se déployer à une échelle beaucoup plus vaste sous la forme de micro-réseaux ou de centrales électriques virtuelles. Cette solution impliquerait de relier des communautés entières grâce à des sources d’énergie décentralisées, alimentées par l’énergie solaire. Les maisons individuelles ainsi reliées utiliseraient la toiture des espaces commerciaux locaux pour former des réseaux.
John estime que l’intégration de structures existantes dans le cadre d’un réseau solaire plus vaste est une utilisation intelligente de l’espace terrestre d’un point de vue environnemental et économique. « Dès le début, j’ai réalisé que l’utilisation d’une toiture, que ce soit sur un grand bâtiment industriel ou résidentiel, permettait d’accéder à une surface qui restait auparavant inutilisée », affirme-t-il. De plus, l’utilisation des toits ne devrait pas avoir d’impact environnemental supplémentaire, car les éventuels dommages environnementaux ont déjà été causés lors de la construction de la structure.
Les centrales électriques virtuelles fourniraient aux communautés une plus grande résilience énergétique tout en respectant l’environnement et offriraient plus d’options et de flexibilité aux systèmes de distribution d’électricité. John Berger s’attend à ce que de telles initiatives soient, dans un premier temps, testées aux États-Unis, puis déployées dans le monde entier, si les résultats s’avèrent concluants. « C’est une idée véritablement excitante, reliant des sources d’énergie décentralisées et centralisées dans des réseaux combinés et fournissant le type de résilience nécessaire pour alimenter l’avenir en électricité », selon lui.
Le secteur de l’innovation en collaboration avec la gestion d’actifs
Malgré les potentielles opportunités d’investissement, John Berger reconnaît que l’expansion des capacités solaires ne se produirait pas sans le soutien de la communauté de la gestion d’actifs. Il salue la « décision consciente des investisseurs d’investir dans de nouvelles entreprises innovantes sur le marché, car sans capital, rien ne serait possible ».
Il estime comme nous qu’établir un dialogue permanent entre les sociétés de gestion et les entreprises est extrêmement constructif. « Il y a beaucoup de choses à retenir de ces échanges, ils me permettent de recueillir les différents points de vue du marché, ils sont une sorte de mise à l’épreuve pour certaines des stratégies que nous souhaitons mettre en œuvre », déclare-t-il.
Cependant, il met en garde les gérants de fonds qui ne choisissent que les projets dont le succès est certain, car il est indispensable que les entreprises soient nombreuses dans la compétition pour trouver les bonnes idées et apporter des changements positifs. Selon lui, « la compétition est une bonne chose. Une très bonne chose. Elle est même souhaitable. C’est pourquoi nous voulons plus de choix dans le domaine énergétique, nous ne voulons pas seulement un monopole localisé en un point du monde. »
Nous ne saurions être plus d’accord avec cet avis. La lutte contre le dérèglement climatique induira de profonds changements dans les prochaines décennies. Et une transformation de cette ampleur ouvre la voie à des opportunités d’investissement véritablement intéressantes. S’entretenir régulièrement avec les dirigeants d’entreprises nous permettra non seulement de rester aux avant-postes de ce marché en rapide évolution, mais nous indiquera également comment nous, en tant que société de gestion d’actifs, pouvons soutenir au mieux la transition vers un monde plus durable.
Les entreprises mentionnées dans le présent document le sont uniquement à titre d’illustration et ne constituent ni une sollicitation d’achat ni un conseil ou une recommandation d’investissement.