La biodiversité s’est rapidement hissée au cœur des préoccupations des entreprises et des investisseurs, associée à une prise de conscience grandissante que l’économie dépend des « services écosystémiques », remarque Impax Asset Management [1], gérant délégué de BNP Paribas Asset Management. [1]
Le Forum économique mondial (FEM) estime que la biodiversité soutient plus de la moitié du PIB mondial. En 2022, lors du sommet COP15 pour la biodiversité, il a été convenu de mobiliser 200 milliards de dollars par an pour financer la biodiversité d’ici 2030.
[1]. Cependant, il n’existe que peu d’informations sur la gestion par les entreprises des risques et opportunités liés à la nature. Renforcer l’information permettrait aux investisseurs, tels que nous et nos clients, d’opérer des choix d’investissement plus éclairés.
Le déficit d’informations naît de la complexité à mesurer les impacts et dépendances liés à la biodiversité, mais aussi le capital naturel. Contrairement au changement climatique, pour lequel les émissions de gaz à effet de serre et les émissions évitées constituent des mesures indicatives de l’impact d’une entreprise, aucune mesure ni aucun indicateur clair n’existe à l’échelle mondiale pour la biodiversité, laquelle varie de plus fortement selon le territoire envisagé. En outre, les connaissances manquent pour identifier et comprendre les dépendances à la nature touchant les entreprises au travers de leurs activités.
Nous sommes convaincus que combler le déficit d’information est une étape cruciale pour résoudre ce problème et plaidons fermement en faveur d’exigences accrues en matière de divulgation. Depuis septembre dernier, quand ont été publiées les recommandations finales du TNFD (Taskforce on Nature‑related Financial Disclosures, c’est-à-dire le Groupe de travail sur l’information financière relative à la nature), nous avons constaté une forte augmentation de l’intérêt des entreprises et de la publication de rapports sur le sujet.
Améliorer les pratiques et l’information liées à la nature
Trois facteurs peuvent favoriser l’adoption généralisée des rapports relatifs à la nature :
- Certaines entreprises commencent déjà à publier des rapports volontaires conformément au cadre fixé par le TNFD, tandis que d’autres s’engagent publiquement à le faire. En la matière, les normes et les attentes des investisseurs devraient suivre une évolution similaire à celle des rapports sur le climat.
- Les normes d’information des entreprises devraient probablement contribuer à faire entrer le TNFD dans les usages. L’International Sustainability Standards Board semble prêt à intégrer le cadre du TNFD, tout comme le Groupe de travail sur l’information financière relative aux changements climatiques (GIFCC, ou TCFD en anglais).
- Le sommet COP16 pour la biodiversité, prévu fin 2024, devrait selon nous se concentrer sur les mécanismes visant à réaliser les ambitions de la COP15, notamment la mobilisation de financements privés visant à réparer les dommages occasionnés à la nature.
Jusqu’à présent, les investisseurs se sont concentrés sur la lutte contre la déforestation tropicale liée aux matières premières, une cause extrêmement visible et importante de la perte de surface forestière dans le monde.
Saisir les opportunités et gérer les risques
Le TNFD s’intéresse en priorité aux risques rencontrés par les entreprises, compte tenu de leur lot de dépendances à l’égard de la nature. Cependant, les opportunités liées à la biodiversité constituent un autre élément majeur du cadre.
La plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES) identifie cinq principaux facteurs directs de perte de biodiversité :
- le changement d’utilisation des terres et des mers (y compris la déforestation) ;
- l’exploitation directe d’organismes (notamment la surpêche) ;
- le changement climatique ;
- la pollution ;
- les espèces envahissantes.
Des mesures existent pour lutter contre la pression qu’exercent ces facteurs sur les écosystèmes et les atténuer. À nos yeux, ces facteurs pourraient également créer des opportunités sur le long terme pour les investisseurs.
De ces cinq facteurs, trois nous sont familiers, forts de notre expérience d’investissement dans des solutions environnementales depuis plus de deux décennies :
- Premièrement, le climat : la plupart des solutions de transition vers une économie à faible intensité de carbone contribueront, par extension, à protéger les écosystèmes vulnérables aux effets du changement climatique.
- Deuxièmement, la pollution : l’état de la biodiversité dépend étroitement de la qualité de l’air, du sol et de l’eau. Par exemple, les entreprises d’analyse et de traitement de l’eau peuvent aider à contrôler la pollution et à réduire ou prévenir les dommages causés à la vie aquatique.
- Troisièmement, le changement d’utilisation des terres : la demande mondiale de bois et de matières premières entraîne la conversion des forêts naturelles en plantations, cultures et pâturages. Les entreprises de conditionnement dont les solutions font avancer le modèle circulaire peuvent réduire la consommation de matériaux vierges, et donc la pression sur les terres.
Des solutions aux deux autres facteurs de perte de biodiversité sont en train d’émerger.
- L’aquaculture durable peut par exemple contribuer à éviter la surpêche.
- Les fournisseurs de services de traitement des ballasts d’eau, en travaillant avec l’industrie du transport maritime, sont en mesure de prévenir la propagation d’espèces marines envahissantes, un problème qui entraîne des pertes économiques annuelles s’élevant à plus de 23 milliards de dollars.
À l’instar des investissements dans les solutions climatiques, il arrive que lutter contre un facteur de perte de biodiversité puisse contribuer au problème. Il est en outre important de noter que lutter et atténuer n’est pas restaurer la biodiversité déjà perdue ; c’est là une mission à part entière qui nous attend.
L’amélioration des données et de la divulgation sont des étapes essentielles pour mettre en lumière les problèmes et évaluer précisément les risques et opportunités associés à la perte de biodiversité et à son atténuation. Ce n’est qu’une fois cet objectif atteint que les capitaux afflueront là où ils sont nécessaires.
[1] Ceci est un extrait de la publication “Outlook 2024 – Why prospects for a more sustainable economy remain undimmed”
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