Tandis que le climat a été le point de départ de la plupart des initiatives en matière de durabilité, on observe désormais une prise de conscience croissante des opportunités et des risques afférents à la biodiversité, ainsi que de l’urgence d’agir.
Selon le Stockholm Resilience Centre, il existe neuf barrières à ne pas franchir pour que l’humanité puisse continuer à se développer et à prospérer lors des générations à venir. Six ont déjà été outrepassées. L’une d’entre elles est le changement climatique ; les cinq autres sont toutes en rapport avec la nature : l’intégrité de la biosphère, le changement du système terrestre, les changements affectant l’eau douce, les flux biogéochimiques et les nouvelles substances chimiques (« novel entities »).
En Asie, la prise en compte de la biodiversité et des risques liés à la nature est particulièrement importante en raison des facteurs suivants :
- L’Asie est l’une des régions les plus diversifiées sur le plan biologique au monde, abritant de nombreux hauts lieux de la biodiversité.
Par exemple, l’espace indo-birman, englobant tous les territoires non marins du Cambodge, du Laos, du Myanmar, de la Thaïlande et du Vietnam, ainsi que des parties du sud de la Chine, se distingue comme l’une des zones les plus importantes au monde sur le plan biologique, en matière de diversité d’espèces et d’écosystèmes.
- Les marchés émergents d’Asie dépendent fortement de la biodiversité et des services écosystémiques.
Selon le Forum économique mondial, 63 % du PIB de l’Asie dépend directement ou indirectement de la nature et des services écosystémiques. Des analyses de scénarios réalisées par la Banque mondiale montrent que l’Asie de l’Est et l’Asie du Sud pourraient perdre respectivement plus de 3 % et 6 % de leur PIB d’ici 2030 par rapport à un scénario de référence sans pertes au niveau de la biodiversité.
- De nombreux pays de la région Asie sont particulièrement vulnérables aux risques environnementaux tels que les catastrophes naturelles et la dégradation de l’habitat.
L’Asie du Sud-Est a l’un des taux de déforestation les plus élevés au monde. L’Indonésie, le Laos et la Malaisie sont en effet les pays ayant subi les pertes les plus importantes en matière de forêts primaires en 2022 par superficie, selon le Global Forest Watch de l’Institut des ressources mondiales (World Resources Institute). Cette vitesse de déforestation et de défrichement peut augmenter les risques d’inondations et de glissements de terrain aux conséquences catastrophiques.
- Les forêts de toute l’Asie du Sud-Est sont collectivement devenues une source nette d’émissions de carbone en raison du défrichement en faveur de plantations, des incendies incontrôlés et du drainage des sols tourbeux.
Les forêts constituent le principal puits de carbone que nous ayons sur terre, absorbant environ 7,6 milliards de tonnes métriques de CO2 par an, soit environ 1,5 fois les émissions annuelles des États-Unis. Il serait impossible d’atteindre nos objectifs climatiques sans s’attaquer au problème de la déforestation.
Protection de la nature
Chez BNP Paribas Asset Management, la protection de la nature est au cœur de nos préoccupations, la santé des écosystèmes étant l’un des « 3E » que nous considérons comme des conditions préalables à l’avènement d’un monde durable (les deux autres étant la transition énergétique et les principes d’égalité).
En tant qu’investisseur durable d’un monde qui change, nous croyons qu’il est important d’user de notre influence pour permettre des avancées vers un modèle économique plus respectueux de l’environnement, mais aussi plus inclusif et plus équitable. Une telle approche est propice à la performance positive des investissements sur le long terme et converge donc avec l’intérêt des clients.
En Asie, nous participons à des initiatives à l’origine d’investisseurs, rassemblant nos pairs et d’autres parties prenantes sur ce sujet, notamment l’initiative Nature Action 100 (NA 100), un programme d’engagement collaboratif formé par des investisseurs institutionnels. Il vise à impliquer les entreprises ayant les impacts les plus importants sur la biodiversité à l’échelle mondiale, à améliorer la transparence et à réduire les impacts, tout en cherchant à s’aligner sur l’objectif du Cadre mondial pour la biodiversité, à savoir d’inverser la perte de biodiversité d’ici 2030.
Nous faisons partie du groupe d’investisseurs ayant lancé l’initiative en 2023. Adam Kanzer, Head of Stewardship pour la zone Amériques, est actuellement coprésident du comité directeur de NA 100. En Asie, nous faisons partie des groupes d’engagement de Sime Darby Plantation, l’un des plus grands producteurs d’huile de palme au monde, et d’Indofood, une grande entreprise alimentaire indonésienne.
Nous sommes également l’un des partenaires fondateurs de la plateforme Asia Protein Transition, à l’initiative du cabinet Asia Research & Engagement, lancée en 2022 pour définir les attentes des investisseurs pour l’Asie et dialoguer avec les entreprises de toutes les chaînes de valeur sur le sujet.
En Asie, nous participons au groupe de travail Indonesia Working Group, qui complète d’autres engagements privés et publics que nous avons en bilatéral. À l’échelle mondiale, nous faisons partie du groupe de travail Brazil Working Group et du groupe de travail à venir Consumer country working group.
Le groupe de travail sur les forêts et l’utilisation des terres de l’Asia Investor Group on Climate change, un des principaux forums de partage entre pairs sur le sujet, se concentre sur le renforcement des capacités dans des domaines tels que les initiatives et les dispositifs mondiaux traitant du problème de la déforestation, le partage et la promotion des pratiques actuelles et émergentes des investisseurs et le développement d’outils et de solutions pratiques en faveur de l’engagement. Jane Ho, Head of Stewardship pour la région Asie-Pacifique (APAC), copréside ce groupe de travail.
Enfin, nous mettons en œuvre notre politique mondiale de vote contre les entreprises identifiées comme les plus critiques pour la biodiversité, qui n’évaluent pas ni ne rendent compte de leurs principaux impacts et dépendances à l’égard de la nature, et en particulier en matière de déforestation et de problèmes liés à l’eau.
Perspectives pour les prochaines années
L’équipe Stewardship examine attentivement la possibilité de s’engager davantage sur le thème du plastique et des produits chimiques dangereux. La pollution plastique est particulièrement endémique en Asie du Sud-Est, en raison de l’urbanisation rapide, de l’essor de la classe moyenne et de l’insuffisance des infrastructures de gestion des déchets.
Parmi les événements majeurs de 2024, citons la Colombie qui accueillera la COP16 sur la biodiversité en octobre, et l’Azerbaïdjan qui accueillera la COP29 en novembre. Le Brésil assumera la présidence du G20 cette année et, compte tenu de l’importance de la forêt amazonienne, il est probable que le groupe de travail du G20 sur la finance durable fera de la biodiversité un domaine prioritaire.
À mesure que le thème de la protection de la nature prend de l’ampleur à l’échelle mondiale parmi les décideurs, les régulateurs et les investisseurs, nous considérons qu’il est essentiel que l’Asie prenne part à cette conversation, voire qu’elle y joue un rôle majeur.