En 2025, les titres obligataires libellés en euros sont devenus incontournables pour les investisseurs en quête de diversification, face à l’incertitude suscitée par la politique américaine. Dans un contexte où les préoccupations relatives aux droits de douane se sont atténuées, où la nomination d’un président de la Réserve fédérale potentiellement incontesté se profile aux États-Unis, et où les dérapages budgétaires ont gonflé l’encours de la dette en Europe, les titres obligataires en euros sont-ils encore à même d’attirer les investisseurs ?
Nous voyons cinq bonnes raisons de continuer à intégrer les titres obligataires libellés en euros dans l’allocation obligataire des investisseurs :
- Cette classe d’actifs offre une exposition granulaire à de multiples moteurs de performance
Les titres obligataires en euros offrent un large éventail de moteurs de performance qui, bien exploités, peuvent permettre aux portefeuilles de naviguer avec succès à travers les cycles de marché. Cet univers permet en effet de s’exposer à une multitude de dettes souveraines, ainsi qu’à des dettes quasi-souveraines, des titres notés Investment Grade et des crédits à haut rendement. En 2025, bien que les dettes souveraines n’aient pas, dans l’ensemble, apporté une forte contribution à la performance, certains pays ont, au cas par cas, réalisé de bien meilleures performances que d’autres. Ainsi, la dette souveraine des pays périphériques a surperformé de près de 3 % celle des pays centraux à la faveur d’une meilleure discipline budgétaire et de perspectives de croissance plus favorables.
Il en est de même du crédit Investment Grade (IG) en euros qui, fort de ses solides marges dans une économie résiliente, a produit des performances supérieures à 3 %. Au sein même du secteur du crédit IG en euros, le segment des titres subordonnés a même généré des performances supérieures à 5 %. Cette diversification des moteurs de performance, sous l’influence de différentes forces motrices, montre comment la gestion active peut influer de manière significative sur les performances et continuer d’offrir des opportunités en 2026.
- Les rendements sont proches des sommets historiques
Si, de manière intuitive, beaucoup se tournent vers le secteur du haut rendement pour accroître leurs revenus, dans la mesure où les spreads de crédit sont serrés, les investisseurs ne sont pas nécessairement rémunérés pour le risque supplémentaire qu’ils prennent en descendant le long du spectre de la qualité de crédit. C’est là que la grande qualité et la diversité des titres obligataires en euros prennent tout leur sens. À près de 3 %, le rendement du Bund à 10 ans a renoué avec les niveaux atteints en 2011 et se situe bien au-delà de la moyenne de 1,8 % enregistrée ces 20 dernières années. De leur côté, les taux du marché monétaire ont reculé suite à l’abaissement des taux de la BCE à 2 %. Parallèlement, les rendements des bons du Trésor à 10 ans sont désormais très loin de leurs sommets de 5 % et ont retrouvé la fourchette de 4,20 %, ce qui, une fois couvert en euros, donne 2,50 %.
Fourchette de rendement du Bund à 10 ans :
Sur les 5 dernières années (pb)

Rendement du Bund à 10 ans
Sur les 5 dernières années après ajustement pour tenir compte de la volatilité (pb)

Source : BNPPAM, Bloomberg, au 31 janvier 2026
Rendement du Bund à 10 ans
Certains diront que la volatilité a augmenté avec le redressement des taux intervenu ces dernières années. C’est une réalité. La volatilité des taux a doublé ces dernières années par rapport à la période d’assouplissement quantitatif précédant 2022. Pourtant, le contraire s’est produit en 2025. Les taux ont continué à grimper, mais cette hausse ne s’est pas accompagnée d’un regain de volatilité. Ce point est important car il signifie que non seulement les rendements du Bund à 10 ans ont atteint un niveau historique, mais qu’ils s’y maintiennent même après ajustement pour tenir compte de la volatilité.
Les obligations en euros nous semblent donc particulièrement intéressantes, tant en valeur absolue que relative, et offrent une opportunité d’investissement attrayante.
- La zone euro présente de solides fondamentaux
Le fait que les taux soient aussi attrayants dans la zone euro n’a rien de surprenant : le rebond de l’inflation et, plus récemment, les dérapages budgétaires ont mené à la situation actuelle.
Pour autant, l’inflation dans la zone euro est désormais en ligne avec l’objectif fixé par la BCE et pourrait même tomber en deçà en 2026. Même si l’on tient compte du plan budgétaire allemand, le déficit de la zone euro devrait rester légèrement supérieur à 3 %. Ce tableau contraste avec celui des États-Unis, où l’inflation dépasse encore largement l’objectif fixé et où le déficit pourrait s’approcher des 6 %. Parallèlement, l’économie devrait progressivement bénéficier du renforcement des dépenses budgétaires, soutenant ainsi les perspectives de croissance et les fondamentaux des entreprises de la région. Dès lors, avec une inflation maîtrisée, de meilleures perspectives de croissance, une plus grande marge de manœuvre budgétaire et une banque centrale affichant un taux neutre, tous les voyants semblent au vert pour les titres obligataires en euros.
- Cette classe d’actifs joue un rôle majeur dans l’atténuation des risques de perte
Les titres obligataires remplissent généralement un rôle défensif dans le cadre d’une allocation globale alliée à des actions. Lors des périodes d’aversion pour le risque, lorsque les cours des actions chutent, les obligations permettent d’amortir le choc grâce à la baisse des rendements. En général, l’allocation obligataire n’a pas pour but d’améliorer les performances, mais plutôt de gérer le profil de risque du portefeuille. L’histoire montre en effet que la combinaison de titres obligataires et d’actions permet de réduire les pertes maximales sans affecter le ratio de Sharpe. Dans un contexte de forte incertitude qui fait suite à des années de solides performances boursières, le moment semble propice à une réflexion sur l’atténuation des risques de perte. De ce point de vue, les titres obligataires en euros, qui présentent la plus faible corrélation avec les actions par rapport aux autres univers obligataires, semblent particulièrement pertinents et pourraient faire office de valeurs refuges.
- La hausse de la volatilité offre des opportunités d’amélioration des performances
Bien qu’en recul en 2025, la volatilité des titres obligataires en euros reste nettement supérieure à celle observée ces dix dernières années. Il est intéressant de noter que la composante « taux » de la volatilité est à l’origine de sa forte hausse au cours des quatre dernières années. De fait, la volatilité des taux représente actuellement près de 90 % de la volatilité des titres obligataires en euros, alors que la moyenne historique est plus proche de 75 %. Cette volatilité nous semble porteuse d’opportunités. En 2025, le Bund à 10 ans a progressé de près de 50 points de base (pb), mais le point le plus important est qu’une dizaine de mouvements de plus de 30 pb ont été enregistrés, dont quatre à la baisse. Ce constat plaide en faveur d’une gestion active et souple de la duration, qui non seulement amortit les mouvements de correction des taux, mais devrait également permettre de tirer pleinement parti des mouvements de hausse. Dans un monde marqué par l’incertitude et la pluralité des risques extrêmes, la volatilité est appelée à se maintenir, de même que les opportunités d’amélioration des profils rendement/risque.
Les titres obligataires libellés en euros méritent considération en 2026. Cet univers offre une exposition liquide et diversifiée à de multiples dettes souveraines, dettes quasi-souveraines et crédits IG. Cette diversification est porteuse de nombreuses opportunités pour les investisseurs soucieux d’exploiter activement les multiples moteurs de performance que recèle cet univers, de la gestion de la duration à l’allocation d’actifs en passant par l’allocation géographique. Dans un contexte de resserrement historique des spreads de crédit, les investisseurs sont susceptibles de ne pas être rémunérés pour leur prise de risque supplémentaire, de sorte qu’une exposition souple et diversifiée aux titres obligataires en euros peut se révéler particulièrement pertinente. Une telle exposition est d’autant plus pertinente si elle est envisagée comme un élément constitutif d’une allocation plus large plutôt que de manière isolée.