Le moment est-il propice aux obligations à duration courte indexées sur l'inflation ?

  • Face au conflit au Moyen-Orient, les investisseurs évaluent les risques de stagflation
  • Les rendements obligataires ont fortement augmenté, les investisseurs anticipant un resserrement des politiques monétaires face à la hausse de l’inflation à laquelle les banques centrales vont être confrontées
  •  Les obligations à duration courte indexées sur l’inflation offrent une protection potentielle contre la hausse de l’inflation et la volatilité des taux d’intérêt

Les marchés obligataires mondiaux ont été malmenés en mars, les craintes concernant l’inflation suscitées par le conflit au Moyen-Orient ayant entraîné une forte hausse des taux d’intérêt.

Ce mouvement haussier est dû à la flambée des prix de l’énergie consécutive au conflit, dont les répercussions ont presque totalement interrompu l’approvisionnement en pétrole et en gaz en provenance du Moyen-Orient.

Dans ce contexte, le spectre de l’inflation a refait surface. En cas de prolongation du conflit, l’économie mondiale et la stabilité des prix seront mises à mal, avec un risque croissant de stagflation (hausse de l’inflation accompagnée d’une stagnation de la croissance).

Dans les économies développées, la conjonction d’une faible croissance et d’une forte inflation est peu fréquente et préjudiciable dans la mesure où une économie fragile s’accompagne généralement d’une demande atone et d’un marché du travail peu dynamique, freinant ainsi la hausse des prix.

Les marchés anticipent désormais un relèvement des taux d’intérêt des banques centrales en 2026 plutôt qu’une baisse. En conséquence, la dette à court terme a fait les frais du mouvement de correction enregistré en mars, les investisseurs abandonnant précipitamment leurs anticipations de baisses des taux des banques centrales au profit de hausses visant à contrer celle de l’inflation. L’évolution de certains rendements obligataires aux États-Unis, dans la zone euro et au Royaume-Uni en mars est illustrée ci-dessous (figure 1).

Figure 1 : Évolution des rendements de certains marchés obligataires depuis le 27 février

Source : BNPP Asset Management, Bloomberg, au 30/03/2026

Les obligations indexées sur l’inflation offrent toutefois une protection potentielle

La hausse de l’inflation tend à peser sur les obligations conventionnelles, dont les rendements nominaux fixes ne sont pas corrélés à la hausse des prix. Les investisseurs continuent donc de percevoir le coupon prévu, mais sa valeur réelle s’érode à mesure que l’inflation progresse, comprimant ainsi les performances réelles.

À l’inverse, les obligations indexées sur l’inflation permettent aux investisseurs de garder une longueur d’avance sur l’inflation, les montants versés étant ajustés en fonction de la hausse des prix. Les obligations indexées sur l’inflation, y compris les composantes alimentation et énergie, bénéficient d’une indexation quotidienne sur l’inflation totale.

Grâce à ce processus d’indexation quotidienne, le capital et les coupons s’accroissent au fil du temps. À terme, le capital s’accroît au même rythme que le taux d’inflation correspondant.

L’indexation sur l’inflation se fait progressivement, de sorte que dans des contextes très volatils comme ceux auxquels les marchés sont actuellement confrontés, les performances des obligations indexées sur l’inflation sont principalement dictées par l’évolution des taux d’intérêt réels.

Mais en privilégiant les obligations indexées sur l’inflation à courte échéance (soit entre un et cinq ans), l’investisseur peut limiter l’impact des variations des taux d’intérêt réels sur les performances et tirer pleinement parti des avantages de l’indexation sur l’inflation. 

Vous avez aimé les points morts d’inflation, vous allez adorer l’inflation réalisée

La performance des obligations indexées sur l’inflation à courte échéance enregistrée en mars témoigne de leur capacité à protéger les investisseurs contre un choc inflationniste. Les points morts d’inflation ont généré une performance de +1,15 % et la performance absolue des obligations indexées sur l’inflation à courte échéance s’élève à +0,05 % (depuis le début du mois au 30 mars). En comparaison, les obligations nominales à courte échéance ont affiché une performance de -1,10 % (données de performance couvertes en USD).

Nous restons optimistes quant aux perspectives des obligations indexées sur l’inflation à courte échéance. Les points morts d’inflation intègrent actuellement pleinement la hausse des prix de l’énergie à court terme et, par conséquent, une inflation plus élevée pour le reste de l’année.

Autrement dit, pour que le redressement des points morts se poursuive, il faudrait que les prix de l’énergie continuent d’augmenter de manière soutenue par rapport à leur niveau actuel ou qu’un autre choc inflationniste survienne (droits de douane, perturbations des chaînes d’approvisionnement, hausse des salaires, etc.)

Un tel choc pourrait résulter d’un scénario défavorable dans lequel persisteraient de très fortes contraintes sur le trafic dans le détroit d’Ormuz, maintenant les prix des hydrocarbures (pétrole et gaz) à des niveaux très élevés, par exemple une moyenne de 100 dollars le baril en 2026, avant un recul (à environ 80 dollars) en 2027.

Ce scénario se traduirait par des tensions persistantes sur l’approvisionnement en gaz de l’Europe, notamment pendant la période pré-hivernale de constitution des stocks, avec des prix atteignant en moyenne environ 70€ le mégawattheure en 2026 et 61€ en 2027. À cela pourraient également s’ajouter les effets secondaires des tensions qui règnent à Ormuz, à savoir la hausse des prix des engrais (entraînant une augmentation de l’inflation des produits alimentaires) et la baisse de l’offre de sous-produits issus de la production de gaz, comme l’hélium.

Compte tenu des attentes en matière d’inflation que nous estimons correctement intégrées dans les prix, nous pensons que la principale source de performance des obligations indexées sur l’inflation à courte échéance repose de plus en plus sur l’inflation réalisée : le récent choc énergétique et la hausse des prix qu’il a entraînée auront pour effet d’accroître les rendements issus de l’indexation sur l’inflation. 

Comme le montre le graphique ci-dessous, nous estimons que, dans les conditions de marché actuelles, le rendement des obligations indexées sur l’inflation à courte échéance oscillera entre 3 et 3,5 % entre avril et la fin de l’année, principalement sous l’effet du mécanisme d’indexation sur l’inflation :

Figure 2 : Rendement estimé des obligations indexées sur l’inflation à courte échéance couvertes en euros en 2026

Source : BNP Paribas Asset Management, Datastream – À titre indicatif uniquement. Au 16/03/2025. Calcul des performances = Rendement réel + variation du rendement réel × duration + indexation sur l’inflation + coût ou bénéfice de la couverture de change sur la base de swaps de devises sur un mois glissant.

L’indexation sur l’inflation devrait être suffisamment élevée au cours des prochains mois pour offrir une protection contre une chute marquée des taux réels, comme cela s’est produit en 2022, période présentant certaines similitudes avec le contexte actuel : un choc inflationniste accompagné de craintes que les banques centrales ne soient contraintes de resserrer leur politique monétaire. 

La stagflation se profile

Les tensions au Moyen-Orient constituent un choc d’offre majeur, amplifiant les risques d’inflation alors même que la dynamique de croissance commençait à marquer le pas dans les économies avancées.  Les indicateurs d’activité faisaient déjà état d’un fléchissement de la demande et d’un ralentissement des marchés de l’emploi.  En conséquence, l’environnement macroéconomique se rapproche de plus en plus d’un scénario de stagflation mêlant ralentissement de la croissance et pressions inflationnistes persistantes.

Dans ce contexte, nous privilégions les obligations indexées sur l’inflation à courte échéance, en particulier dans la zone euro. Ce segment a prouvé son efficacité en matière de protection contre une hausse de l’inflation réalisée, tout en limitant l’exposition aux fluctuations des taux d’intérêt.

Nous pensons également que ces obligations bénéficieront d’un éventuel réajustement des attentes excessivement restrictives en matière de politique monétaire, devenant ainsi la couverture la plus efficace face à un environnement macroéconomique marqué par la stagflation.

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