Une nouvelle ère sur les marchés

Après avoir établi un record de clôture le 29 avril, les actions mondiales ont connu deux semaines de variations heurtées en mai avant de se ressaisir et de terminer le mois à un nouveau point haut historique. Le thème inflationniste a paru moins inquiéter les investisseurs qu’il ne l’avait fait en début d’année tandis que celui du rattrapage économique a gouverné les performances géographiques

Les indicateurs économiques les plus récents commencent à laisser entrevoir la fin de l’exception américaine. La croissance aux Etats-Unis est indéniablement plus forte et plus avancée que dans les autres grandes économies développées mais la perspective d’une resynchronisation de l’économie mondiale au second semestre est de plus en plus nette. Les matières premières ont bénéficié du cycle économique porteur.

Dans les prochaines semaines, les investisseurs devront ajuster leur scénario à la nouvelle réalité économique, a priori favorable aux actifs risqués mais, comme tout changement, susceptible de susciter une certaine nervosité à court terme.

Dans ses perspectives économiques publiées en mai, l’OCDE appelle à « piloter la transition » de cette reprise « hors du commun » qui reste très inégale entre les pays. Les performances économiques sont étroitement liées à la stratégie vaccinale, ce qui offre des perspectives encourageantes dans la zone euro où les campagnes de vaccination ont enfin pris leur envol après des débuts décevants.

Pour les pays qui sont plus avancés dans la protection vaccinale de leur population (Etats-Unis, Royaume-Uni), l’enjeu est désormais de convaincre le dernier carré des réticents, sous peine de laisser planer une incertitude sur la situation sanitaire.

De nouveaux records pour les actions mondiales

Après des évolutions heurtées au cours de la première quinzaine, l’indice MSCI AC World en dollars a progressé de 1,4 % par rapport à fin avril tandis que les actions émergentes ont surperformé (+2,1 % pour l’indice MSCI Emerging en dollars). Les difficultés passagères des actions en début de mois peuvent être associées à des tensions géopolitiques (relations Chine-Taiwan notamment) et à la perception du risque inflationniste sur fond de solide croissance économique aux Etats-Unis. De fait, les prix à la production et à la consommation ont nettement rebondi en mars et avril. Toutefois, ce thème a paru moins inquiéter les investisseurs qu’il ne l’avait fait en début d’année : le diagnostic posé par les banques centrales d’une accélération temporaire de l’inflation liée à la réouverture des économies semble de plus en plus convaincant.

En conséquence, après avoir connu de nouvelles tensions, les taux longs sont repartis à la baisse au cours de la seconde quinzaine, ce qui a contribué à ramener une certaine sérénité sur les actifs risqués. Les bons résultats des entreprises, les solides indicateurs économiques et la perspective d’un rebond de la croissance sur fond d’amélioration de la situation sanitaire et de soutien budgétaire accru ont alors soutenu les actions.

Le rattrapage économique explique les performances relatives des grands indices

 Au sein des marchés développés, malgré l’appréciation de l’euro, les indices de la zone euro ont surperformé (+1,6 % pour l’Eurostoxx 50). Soutenue par la perspective de la réouverture des économies, la confiance des entreprises du secteur des services et du commerce de détail a retrouvé son plus haut depuis décembre 2019, largement au-dessus de la moyenne de long terme. Le sentiment économique mesuré par la Commission européenne, qui prend également en compte la confiance dans l’industrie et dans la construction, est passé de 110,5 en avril à 114,5 en mai, au plus haut depuis janvier 2018. La surperformance en bourse de la consommation cyclique illustre les perspectives de reprise de l’activité.

Aux Etats-Unis au contraire, les investisseurs commencent à imaginer le moment où la croissance, qui a été très dynamique ces derniers mois, va s’infléchir. Par ailleurs, après l’enthousiasme suscité par les annonces de Joe Biden sur les différents plans de relance, il apparaît que leur adoption par le Sénat risque d’être longue alors que le financement par une hausse de l’impôt sur les sociétés et sur les revenus envisagé pour certaines mesures est de nature à inquiéter les investisseurs en actions. Dans ce contexte, l’indice S&P 500 a terminé le mois en hausse de 0,5 %, très proche de son record établi le 7 mai et l’indice du Nasdaq composite a connu son premier recul mensuel depuis octobre (-1,5 %).

La Bourse de Tokyo, restée fermée début mai en raison de la Golden Week, a pâti de données économiques moins favorables et des inquiétudes persistantes sur la situation sanitaire. Par ailleurs, contrairement à son habitude, la Banque du Japon n’a pas acheté d’ETF actions en mai, même lorsque le marché a été chahuté. Dans ce contexte, l’indice Nikkei 225 n’a progressé que de 0,2 %.

S’acclimater au monde d’après

L’analyse des banques centrales, qui qualifient de « temporaire » le rebond des indices de prix, paraît de plus en plus convaincante aux yeux des investisseurs. Toutefois, tout signe d’accélération des salaires pourrait remettre en cause cette vision et provoquer de nouvelles perturbations sur les marchés financiers.

Dans les prochaines semaines, les investisseurs devraient aussi être attentifs aux éléments laissant envisager une inflexion de la croissance américaine à partir du rythme actuel très soutenu. Parallèlement, les progrès de la vaccination en Europe continentale et l’assouplissement des conditions sanitaires qui en découle devraient permettre un rattrapage des économies européennes au second semestre.

Si une certaine nervosité est possible à court terme, le thème dominant des prochains mois devrait être celui de la resynchronisation de l’économie mondiale, accompagnée de politiques budgétaires et monétaires pro-croissance.

Les perspectives bénéficiaires des entreprises devraient soutenir les cours des actions et ce nouvel environnement pourrait donner lieu à des ajustements du positionnement des investisseurs sur les différents marchés alors que la valorisation relative des actions américaines paraît désormais moins attrayante. En conséquence, nous conservons un scénario favorable sur les actifs risqués à moyen terme et privilégierons les marchés et les thèmes d’investissement les plus exposés au cycle économique mondial. Cette conviction nous conduira à renforcer notre exposition aux actions en cas de correction technique.


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