L’Europe suscite un intérêt croissant chez les investisseurs. Face à l’incertitude politique qui règne aux États-Unis, notamment en ce qui concerne les droits de douane, et à la tendance générale à la démondialisation, les investisseurs se tournent en masse vers la région.
Ce phénomène est clairement illustré par la récente surperformance du marché européen par rapport au marché américain.
Mais indépendamment de l’incertitude géopolitique provoquée par les États-Unis, le potentiel d’investissement propre à l’Europe est considérable : leader en matière de développement durable, la région compte de nombreuses entreprises internationales de premier plan et accueille l’une des premières places boursières mondiales, Euronext, dont la capitalisation s’élève à quelque 6 000 milliards USD.1 Par ailleurs, l’évolution potentielle des relations mondiales en matière d’échanges commerciaux et de sécurité donne à l’Europe l’occasion de renforcer encore davantage son économie unifiée et son infrastructure de marchés financiers.
Un acteur économique de poids
Il est certain que la croissance européenne marque le pas. Le PIB de la zone euro a progressé de 0,1 % au deuxième trimestre (T2), contre 0,6 % au T1. Cela étant, son réservoir ne manque pas de carburant pour stimuler l’expansion future.
Dans ses dernières Perspectives de l’économie mondiale, le Fonds monétaire international prévoit une croissance de 1 % en 2025 et de 1,1 % en 2026 pour la zone euro, contre un total de 0,9 % en 2024.2 La région recèle un potentiel de croissance d’autant plus important que l’Union européenne (UE), qui compte 27 États et plus de 448 millions de consommateurs, est l’une des plus grandes économies mondiales et le plus grand marché unique de la planète. L’UE est le premier partenaire commercial de 80 pays, contrairement aux États-Unis qui ne le sont que pour une vingtaine de pays.3, 4 Par ailleurs, outre le contexte de baisse des taux d’intérêt en Europe, l’assouplissement de la réglementation allemande en matière d’endettement, qui prévoit l’affectation de quelque 1 000 milliards EUR aux dépenses militaires et d’infrastructure, pourrait jouer un rôle déterminant dans le renforcement de la croissance à long terme de la région. Bien entendu, une plus grande intégration économique et financière des membres de l’UE reste envisageable pour contrer tout effet négatif de la guerre commerciale menée par les États-Unis.
Un vaste potentiel d’investissement
Bien que la révolution de l’intelligence artificielle générative ait concouru à propulser les marchés actions américains vers une série de nouveaux sommets ces dernières années, le niveau élevé des valorisations, associé à l’incertitude politique, a poussé les investisseurs à se tourner vers de nouvelles opportunités. En témoigne la hausse de 26 % enregistrée depuis le début de l’année par l’indice Euro Stoxx 600, contre 11 % pour l’indice S&P 500 des valeurs vedettes américaines.5 En outre, la sélection européenne de titres « value » (par rapport à la prédominance des titres « growth » aux États-Unis) ainsi que le niveau plus élevé des rendements des dividendes ont été autant d’éléments incitatifs supplémentaires.
Fait encourageant, les analystes continuent de tabler sur une croissance annuelle des bénéfices de 7,6 % pour l’univers des entreprises de l’Euro Stoxx, les estimations consensuelles du bénéfice par action s’établissant à 40,20 EUR pour 2026 contre 36,10 EUR pour l’année en cours. Selon Bloomberg, la croissance des bénéfices européens s’élève à 15 % au T2 jusqu’à présent. Les arguments en faveur des actions européennes restent solides, alors que les indicateurs de valorisation des valeurs américaines signalent un risque.6 Traditionnellement, les performances totales des actions européennes sont plus équilibrées, le revenu du dividende contribuant tout autant à la performance que la hausse des cours proprement dite, contrairement aux actions américaines.
Dans l’univers obligataire, les marchés des obligations d’entreprise européennes continuent d’être portés par de solides fondamentaux, des rendements attrayants et d’importants afflux de capitaux. La demande devrait encore s’accroître, les investisseurs cherchant à verrouiller ces rendements attrayants.
Les émissions d’obligations libellées en euros émanant d’entreprises situées hors de la zone euro ont notamment explosé en 2025 pour atteindre près de 100 milliards EUR à la mi-juin, contre une moyenne de 32 milliards EUR sur la même période au cours des cinq dernières années.7
Face aux inquiétudes suscitées par la politique américaine, les investisseurs internationaux sont en mesure d’accroître leur allocation en obligations européennes. Du point de vue des investisseurs asiatiques, la couverture du risque de change est assurément moins coûteuse pour un portefeuille d’obligations européennes que pour un portefeuille d’obligations libellées en dollars.
Un leader mondial de l’investissement durable
L’Europe, qui continue de jouer un rôle moteur dans les initiatives internationales en matière de climat, constitue un pôle d’innovation écologique bien établi. Il y a dix ans, c’est en Europe qu’a été adopté l’Accord de Paris sur le changement climatique, qui vise à limiter le réchauffement de la planète à un niveau nettement inférieur à 2°C.
Les investissements dans les énergies propres doivent augmenter chaque année pour atteindre 4 000 milliards de dollars, et l’Europe semble bien placée pour en profiter, créant ainsi de nouvelles opportunités pour les investisseurs.8 Ce rythme d’investissement repose sur les fondements solides du Pacte vert pour l’Europe de 2019, qui vise à faire de l’Europe le premier continent neutre sur le plan climatique à l’horizon 2050. L’initiative concerne de nombreux domaines, qui vont du renforcement des investissements dans les énergies propres à l’innovation en matière de technologies climatiques, en passant par les océans, l’agriculture, les transports, la finance et le développement régional par le biais d’investissements durables.
Défis et opportunités à venir
L’Europe est certes confrontée à ses propres défis : la rentabilité européenne risque de faire les frais des droits de douane américains, sans parler du conflit qui s’éternise en Ukraine. Mais à long terme, elle devrait continuer à offrir aux investisseurs un éventail toujours plus large d’opportunités. Une approche plus cohérente et plus ciblée de la part des dirigeants européens, la poursuite de l’intégration des marchés de capitaux et du secteur bancaire, ainsi que les avantages liés au financement commun des énergies renouvelables et d’autres projets d’infrastructure sont autant d’éléments susceptibles d’étayer solidement la croissance économique à long terme. Le retour de la paix en Ukraine, une relation apaisée avec les États-Unis et un engagement en faveur de l’innovation pourraient ouvrir la voie à un avenir encore plus radieux pour l’Europe.
[1] {https://www.bankrate.com/investing/worlds-largest-stock-exchanges-biggest-by-market-capitalization;World’s 10 Largest Stock Exchanges By Market Capitalization}
[2] {https://policy.trade.ec.europa.eu/eu-trade-relationships-country-and-region/eu-position-world-trade_en;World Economic Outlook Update, Juillet 2025: Global Economy: Tenuous Resilience amid Persistent Uncertainty}
[3] {https://european-union.europa.eu/principles-countries-history/facts-and-figures-european-union_en;EU position in world trade – Commission européenne}
[4] {https://european-union.europa.eu/principles-countries-history/facts-and-figures-european-union_en; Faits et chiffres sur l’Union Européenne}
[5] FactSet. En dollars US. Au 14 août 2025
[7] {https://www.ecb.europa.eu/press/key/date/2025/html/ecb.sp250611_1~cd38594925.en.html#:~:text=Simultaneously%2C%20EUR%2Ddenominated%20bond%20issuance,five%20years%20(Chart%207);The euro area bond market}
[8] {https://www.iea.org/reports/net-zero-by-2050;Net Zero by 2025, IEA}