Par Johann Plé, gérant de portefeuille senior, et Mariana Socorro Villanueva, spécialiste de l’investissement obligataire
- Le marché des obligations vertes est entré dans une nouvelle phase de maturité. Il s’est montré résilient en 2025, avec une croissance essentiellement impulsée par l’Europe.
- Dans la mesure où le marché a déjà atteint une taille critique, 2026 pourrait être très similaire à 2025, avec un volume d’émissions plutôt stable et davantage influencé par les conditions techniques et les projets d’investissement.
- Selon nous, flexibilité et agilité seront les maîtres-mots pour tirer le meilleur parti du marché des obligations vertes, sociales et durables.
Plusieurs événements marquants ont ponctué l’année 2025 sur le marché des obligations vertes, sociales et durables (VSD), certains plus bénéfiques que d’autres, mais tous porteurs d’enseignements et d’opportunités pour la classe d’actifs en 2026. La plupart de ces thèmes devraient rester d’actualité cette année, de sorte qu’un retour sur les événements passés pourrait être déterminant pour la réussite des investissements futurs.
Le marché a bien résisté face aux discours anti-ESG véhiculés aux États-Unis et aux difficultés climatiques et réglementaires rencontrées en Europe, mais il a également franchi plusieurs étapes importantes, comme la mise en place de la norme européenne relative aux obligations vertes, et atteint un niveau de greenium stable, quasi nul. Toutefois, l’événement le plus marquant est sans doute le fait que le marché semble arriver à maturité, avec des niveaux d’émissions se stabilisant dans une fourchette plus prévisible. Cela montre à quel point cet univers est passé du statut de phénomène marginal à celui d’offre bien établie.
De fait, les émissions d’obligations VSD ont atteint 726 milliards USD en 2025, un chiffre proche du record de 2024 et qui a vu le marché accueillir 83 émetteurs inauguraux supplémentaires1. Ces chiffres indiquent clairement que l’euphorie des premières années s’est dissipée et que le marché des obligations VSD entre dans une nouvelle phase. Comme on a pu le constater les années précédentes, les obligations vertes ont été l’instrument de choix, ce marché restant le principal moteur de croissance des obligations VSD et la principale source de nouveaux émetteurs (près de quatre nouveaux émetteurs sur cinq sur le marché arboraient un label écologique).
Émissions d’obligations vertes, sociales et durables (Md$)

Source : BNP Paribas Asset Management Europe, Bloomberg au 31/12/2025. Marché des obligations vertes, sociales et durables ex CNY, hors opérations en cours < 300 millions USD
De leur côté, les obligations durables ont fortement progressé en 2025 (203 milliards USD), dépassant le record atteint en 2024, les émissions en USD continuant à dominer ce segment avec près de la moitié du total2. Nous pensons que ce label se prête parfaitement à une combinaison avec les obligations vertes pour renforcer la diversification.
Quant au marché des obligations sociales, sa progression est restée limitée. Alors que le marché atteignait 560 milliards de dollars à la fin de 2025, représentant près de 20 % de l’univers des obligations VSD, elles peinent à prendre de l’élan ces dernières années, avec un déclin des émissions de 20 % l’année dernière par rapport à 2024.
Parallèlement, les émissions non européennes ont peiné à progresser. Alors que la région APAC représente une source historique de croissance depuis trois ans, sa part en termes d’émissions vertes a légèrement diminué, passant de 13 % en 2024 à 11 % en 20254. En revanche, si l’on considère les marchés émergents dans leur ensemble, le tableau est légèrement plus réjouissant pour les obligations vertes, avec une contribution de ces marchés en hausse de 3 % par rapport à 20245.
Accroître la diversification au sein de la classe d’actifs
Le marché des obligations VSD continue à se développer et à s’adapter à un environnement en mutation. Les obligations durables sont émises en USD, renforçant ainsi la diversification par rapport à l’EUR, tandis que la part des émetteurs de crédit dans les émissions d’obligations vertes a encore augmenté en 2025, passant de 51 à 55 % du total des émissions6. Ce phénomène, qui intervient à un moment où les émissions d’obligations souveraines ont diminué par rapport aux années précédentes, démontre selon nous que les émetteurs historiques ont tendance à revenir sur le marché et à construire une courbe.
Le marché a placé la barre plus haut
De grandes avancées ont également été réalisées en matière de normes, avec notamment le lancement en 2025 de la norme européenne relative aux obligations vertes. Cette norme devrait apporter encore plus de transparence aux investisseurs et contribuer à renforcer la crédibilité des obligations vertes. Cette adoption anticipée, qui représente 5 % du total des émissions d’obligations vertes7 effectuées l’an passé par des entreprises et par l’État danois, montre selon nous que l’appétit pour la transparence et la rigueur reste vif.
Dernier point mais non des moindres, le greenium, autrefois sujet d’inconfort, n’est plus une source d’inquiétude puisqu’il oscille autour de 0 point de base depuis plus d’un an. L’absence de greenium est sans doute une bonne nouvelle pour les investisseurs, mais certains émetteurs risquent de s’interroger sur les mérites d’une telle démarche. Quoi qu’il en soit, il n’est pas impossible que cela débarrasse le marché des émetteurs opportunistes. Pour les émetteurs attachés à cette classe d’actifs, une étude menée par la BRI8 a montré que les émetteurs d’obligations vertes décarbonaient plus rapidement que les émetteurs d’obligations non vertes, tandis qu’une étude similaire réalisée par la LSE9 a confirmé ce constat. Il s’agit là d’un argument de poids pour encourager les investisseurs à orienter davantage de capitaux vers les obligations vertes dans la mesure où le déficit de financement de la transition vers la neutralité carbone reste considérable.
Les investisseurs auront-ils une impression de déjà-vu en 2026 ?
Dans la mesure où le marché entre dans une phase de plus grande maturité, 2026 pourrait être très similaire à 2025, avec des volumes d’émissions qui devraient être relativement stables. L’ère des émissions record est sans doute révolue, et il va falloir s’habituer aux chiffres observés en 2025 à mesure que le marché des obligations VSD entre dans cette phase de maturité. Aujourd’hui, avec un marché d’une taille sensiblement égale à celle du crédit euro, les investisseurs peuvent s’attendre à ce que les volumes d’émissions se stabilisent et soient davantage influencés par les conditions techniques et les projets d’investissement. Nous pensons néanmoins que les obligations vertes resteront le principal moteur de croissance de ce marché, toujours dominées par les émetteurs européens et, plus globalement, par les émissions libellées en EUR.
Par rapport à 2025, la part des obligations vertes arrivant à échéance augmentera d’environ 30 % en 2026 pour atteindre environ 170 milliards USD10. Ces remboursements, qui concerneront essentiellement des banques et des émissions quasi-souveraines, devraient soutenir le marché. Rien ne garantit cependant que tous seront refinancés par le biais d’obligations vertes.
2026 pourrait en effet voir le marché des obligations vertes se recentrer sur des émetteurs historiques, plus naturellement alignés et disposant d’une plus grande part d’actifs éligibles facilement accessibles, reflétant ainsi les besoins de refinancement et les domaines dans lesquels les investissements sont réellement engagés.
De leur côté, les obligations durables devraient continuer à se développer et à profiter de la préférence que leur témoignent les émetteurs non européens, en particulier dans la région APAC où les priorités en matière de développement socio-économique et les taxonomies sont susceptibles de leur donner un coup de pouce supplémentaire. Le marché des obligations sociales devrait rester concentré sur les mêmes secteurs et les mêmes émetteurs, avec vraisemblablement des volumes d’émissions toujours modérés.
Nous anticipons la poursuite d’investissements importants dans les énergies renouvelables, les réseaux et les bâtiments écologiques. Bien qu’il soit probable que certains thèmes comme l’adaptation au changement climatique et l’eau (obligations bleues), encore à leurs balbutiements, éveillent un plus grand intérêt, l’allocation sera sans doute lente à se développer à court terme, en partie à cause de facteurs structurels.
Quelles conséquences pour les stratégies VSD ?
Même dans un marché arrivant à maturité, il est possible d’exploiter des opportunités potentielles. Des solutions attrayantes sont d’ores et déjà disponibles, permettant aux investisseurs de conjuguer allocation obligataire de base, transparence et quantification de l’impact sans coût supplémentaire. Cet argument restera déterminant pour soutenir la demande en faveur de la classe d’actifs. Il sera toutefois important d’observer la manière dont le profil de remboursement influencera, et éventuellement redessinera, le marché des obligations vertes sur le plan géographique, sectoriel et en termes d’émetteurs au cours de l’année à venir. Selon nous, avec la maturité, la taille et la composition du marché tel qu’il se présente aujourd’hui, il est déjà possible d’élaborer de multiples stratégies VSD différentes, y compris une présentant un écart de performance limité par rapport à un indice de référence mondial composite.
Face au ralentissement attendu du nombre de nouveaux émetteurs et à la perspective d’un recentrage sur des émetteurs plus naturellement alignés, les stratégies en mesure de se démarquer et de tirer parti intelligemment des nouvelles opportunités, de la diversification et de la valeur sur l’ensemble du marché des obligations VSD, des secteurs et des régions sont bien placées pour s’imposer sur le marché. En ce sens, flexibilité et agilité seront, selon nous, les maîtres-mots pour tirer le meilleur parti de ce marché.
Forts d’un savoir-faire en matière de gestion d’obligations vertes développé depuis plus de dix ans, nous sommes en mesure d’anticiper ces tendances et d’élaborer des stratégies spécifiques qui tiennent compte des réalités du marché, lesquelles sont aujourd’hui plutôt marquées par la stabilité. Faire preuve d’agilité et élaborer des solutions qui associent les atouts du marché des obligations VSD à la diversification et à la stabilité qu’offre un marché parvenu à maturité sera déterminant pour les investisseurs et pour les solutions d’investissement visant la neutralité carbone en 2026.
[1] Source : BNP Paribas Asset Management Europe, Bloomberg au 31/12/2025. Marché des obligations vertes, sociales et durables ex CNY, hors opérations en cours < 300 millions USD
[2] Source : BNP Paribas Asset Management Europe, Bloomberg au 31/12/2025. Marché des obligations durables ex CNY, hors opérations en cours < 300 millions USD
[3] Source : BNP Paribas Asset Management Europe, Bloomberg au 31/12/2025. Marché des obligations vertes, sociales et durables ex CNY, hors opérations en cours < 300 millions USD
[4] Source : BNP Paribas Asset Management Europe, Bloomberg au 31/12/2025. Marché des obligations vertes ex CNY, hors opérations en cours < 300 millions USD
[5] Source : BNP Paribas Asset Management Europe, Bloomberg au 31/12/2025. Marché des obligations vertes ex CNY, hors opérations en cours < 300 millions USD
[6] Source : BNP Paribas Asset Management Europe, Bloomberg au 31/12/2025. Marché des obligations durables ex CNY, hors opérations en cours < 300 millions USD
[7] Source : BNP Paribas Asset Management Europe, Bloomberg au 31/12/2025.
[8] Source : Growth of the green bond market and greenhouse gas emissions
[9] Analyse LSEG – Decarbonisation in Portfolio Benchmarks – Septembre 2025
[10] Source : BNP Paribas Asset Management Europe, ex CNY, ex CCCs, hors opérations en cours < 300 millions USD, Bloomberg au 31/12/2025.