Dans cet article, qui sera suivi d’un second, nous tentons de lire entre les lignes des annonces faites lors du 20ème Congrès du Parti communiste chinois, qui s’est déroulé entre le 16 et le 22 octobre 2022.
Le discours d’ouverture du président Xi Jinping n’a pas réservé de surprise. Cette absence de surprise a pu surprendre ceux qui avaient parié sur des réformes d’envergure. Le président chinois a mis fin aux spéculations :
1) relatives à une sortie de la politique « zéro Covid » et,
2) concernant un assouplissement radical des politiques après le Congrès du Parti communiste.
Les axes prioritaires des politiques chinoises
Le discours de Xi Jinping a porté sur les objectifs à moyen et long terme des politiques, qui avaient fait l’objet d’une communication bien huilée au cours de l’année écoulée. Tout en réaffirmant que la croissance du PIB resterait l’une des priorités majeures, il a souligné :
- L’importance du développement économique pour que le pays emprunte une trajectoire de croissance durable (tout en minimisant l’importance des objectifs de croissance du PIB),
- L’objectif à moyen terme de faire de la Chine une société « modérément riche » d’ici 2035, un objectif annoncé précédemment dans le cadre de la politique de « prospérité commune », qui implique un taux de croissance moyen du PIB entre 4,5 % et 5,0 % par an jusqu’en 2035, et,
- Le rôle des entreprises publiques et des entreprises privées dans les réformes structurelles, une initiative qui met l’accent sur le rôle du secteur privé et qui était intégrée dans la réorientation stratégique des réformes de la politique de « double circulation » annoncée au second semestre 2020.
Il faut donc s’attendre à une poursuite des réformes structurelles, d’une politique macroéconomique prudente et d’une approche systémique en matière de stabilité et de durabilité. L’accent mis par le président Xi Jinping sur une « croissance de qualité » via la poursuite des réformes a mis fin aux spéculations misant sur un assouplissement radical de la politique monétaire après le Congrès.
De même, l’engagement renouvelé du gouvernement concernant sa politique dynamique « zéro Covid », ainsi que les déclarations officielles faites la semaine précédant le Congrès, ont mis fin aux spéculations concernant une sortie prématurée de la politique sanitaire après le Congrès.
Tout assouplissement majeur de la politique « zéro Covid » dépendra :
1) de l’augmentation du taux de vaccination grâce aux piqûres de rappel pour les personnes âgées (qui n’est que de 38 % au moment de la rédaction de cet article) et,
2) du développement et de l’efficacité du déploiement de vaccins à ARNm fabriqués localement en faveur de la population. Ces initiatives devraient se concrétiser au second semestre 2023, si ce n’est plus tard.
Quelles sont les nouveautés ?
Ce qui est nouveau dans le discours inaugural de Xi Jinping, c’est le durcissement explicite de la position des autorités sur la réunification avec Taïwan, la réaffirmation du modèle « un pays, deux systèmes » pour Hong Kong et la modernisation de l’arsenal militaire grâce aux nouvelles technologies.
Une analyse [1] a comparé le nombre d’occurrences des principaux mots-clés utilisés dans son discours par le président Xi Jinping lors de ce Congrès par rapport à celui du 19è Congrès tenu en 2017. On observe ainsi un glissement dans les priorités vers la « sécurité », la « modernisation », le « socialisme », le « peuple » et le « militaire », au détriment de la « croissance », de la « gouvernance », de l’« économie » et du « marché ».
Les conséquences
L’insistance sur l’économie de marché socialiste confirme notre point de vue : Pékin utilise le marché comme un outil stratégique pour mettre en œuvre les réformes décidées par le gouvernement, sans pour autant laisser les forces de marché influencer les changements souhaités. Selon nous, les analystes estimant que la Chine va s’ouvrir à un système purement axé sur les mécanismes de marché se trompent. Autrement dit, les investisseurs ne doivent pas privilégier aveuglément les entreprises chinoises du secteur privé, mais plutôt chercher à identifier les industries et les secteurs qui profiteront des priorités de développement stratégiques de Pékin.
Compte tenu de la poursuite de la politique « zéro Covid » et de la prudence des politiques macroéconomiques, un réajustement à court terme des valorisations des actions A chinoises est peu probable. Les marchés chinois sont néanmoins attractifs, les indices MSCI China et CSI300 affichant des valorisations inférieures de 1,2 et 0,6 écart-type à leurs moyennes sur 10 ans à l’heure où nous écrivons ces lignes. Il convient donc de conserver un positionnement stratégique sur les actions A, en particulier après l’annonce d’une croissance du PIB supérieure aux attentes (3,9 %) en glissement annuel au troisième trimestre de cette année. L’importance accrue accordée à la sécurité nationale, à l’innovation technologique, au développement des sociétés technologiques et à la stabilité sociale reflète les priorités à moyen terme des politiques qui, à leur tour, déterminent les décisions d’investissement du pays, notamment les thématiques de la prospérité commune (montée en gamme de la consommation) et du développement du secteur du matériel et des composants technologiques.
Références
[1] « China: Takeaways from President Xi’s Opening Remarks at the 20th Party Congress », Goldman Sachs Economics Research, 16 octobre 2022, Hong Kong.
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