Talking Heads : Stratégie Europe Next Tech

Dans ce podcast, Nathalie Benatia, Senior Market Strategist, échange avec Lazare Hounhouayenou, gérant principal de la stratégie « Europe Next Tech » chez BNP Paribas Asset Management, sur les opportunités offertes par la prochaine phase du cycle de l’intelligence artificielle en Europe : infrastructures technologiques, semi-conducteurs, électrification, services informatiques et innovations qui pourraient façonner les futurs leaders européens de la tech.

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Talking Heads : Stratégie Europe Next Tech

Nathalie Benatia : Bonjour, je suis Nathalie Benatia de l’Investment Insight Centre. Pour ce podcast consacré à notre stratégie sur les valeurs technologiques européennes, j’ai le plaisir de recevoir Lazare Hounhouayenou, gérant principal de notre stratégie Europe Next Tech.

Avec lui, nous allons corriger quelques idées reçues sur le secteur technologique en Europe. Bonjour Lazare.

Lazare Hounhouayenou : Bonjour Nathalie.

Nathalie Benatia : Pour commencer, peux-tu revenir sur la genèse de notre stratégie Europe Next Tech, qui vise à soutenir l’investissement dans la technologie, et donc à financer la révolution industrielle de l’intelligence artificielle ?

Lazare Hounhouayenou : Alors la technologie, c’est l’un des piliers indispensables, pour prétendre à une autonomie stratégique.

Et c’est dans ce cadre-là, de cette réflexion, qu’en 2019, une initiative française a été prise, qui a eu pour but de renforcer l’écosystème technologique européen, en incitant à la création de fonds spécialisés tech, de taille significative, capables de favoriser l’émergence de sociétés de premier plan, et de les conserver sur le territoire.

Cette initiative, appelée Tibi, a permis, dans sa première phase, arrêtée en 2022, de mobiliser 6,4 milliards d’euros grâce à de nombreux partenaires institutionnels.

Et actuellement, nous sommes dans la deuxième phase de cette initiative, qui vise un investissement supplémentaire compris entre 9 et 10 milliards d’ici la fin de l’année 2026.

Et c’est dans ce contexte que BNP Paribas Asset Management a lancé en 2019 un fonds spécialisé tech, qui était à l’origine un fonds investissant sur trois zones : les États-Unis, l’Asie et l’Europe.

Et que nous avons repositionné en 2024. Désormais, cette stratégie investit à 100 % sur l’Europe, sur des sociétés cotées, sur toute la chaîne de valeur technologique, et sur toutes les franges de capitalisation boursière, pour, à la fois, soutenir les acteurs leaders, et accompagner les pépites de plus petite taille.

Nathalie Benatia : Oui, très bien. Donc c’est vraiment l’idée de soutenir les acteurs, en particulier dans leur recherche de financements, et ça s’applique, tu l’as dit de façon très claire, sur toute la chaîne du secteur technologique.

Alors, une deuxième question. On a beaucoup parlé en 2025, et également cette année, des valeurs technologiques américaines, et spécifiquement des Magnificent Seven, qui ont fait la performance des indices américains.

On a parfois l’impression que seuls les résultats d’un tout petit nombre d’actions, voire d’un seul, comptent pour apprécier la santé du secteur à l’échelle mondiale, et que la technologie européenne n’existait pas.

Alors, j’ai une petite idée de ton opinion, mais je te pose quand même la question : ça existe, la tech européenne ?

Lazare Hounhouayenou : Alors, le principal moteur des valeurs technologiques depuis quelques années est, bien évidemment, l’intelligence artificielle, et l’Europe accuse un retard significatif dans ce domaine, en raison d’un sous-investissement massif.

Entre 2015 et 2023, les États-Unis ont investi, en capitaux privés, près de 325 milliards de dollars, et sur la même période, les principaux pays européens ont investi 55 milliards.

En conséquence, les sociétés américaines étaient prêtes, contrairement aux sociétés européennes, pour cette première phase de l’IA, qui consiste à mettre en place toute l’architecture et l’infrastructure nécessaires au développement de l’intelligence artificielle générative.

Cette phase a principalement profité aux entreprises outre-Atlantique, qui ont connu de très fortes progressions boursières au cours des dernières années.

Alors maintenant, nous sommes dans la seconde phase, avec deux mouvements en parallèle. Tout d’abord, on a la poursuite du développement des capacités de calcul et d’infrastructure, en raison d’une adoption forte et plus large de l’IA, et de l’émergence de nouveaux modèles.

Et dans ce contexte, les entreprises européennes leaders dans l’équipement de semi-conducteurs, ou dans la construction des centres de données, continueront à être plébiscitées.

Et nous avons, en parallèle, l’intégration de l’IA agentique dans les entreprises, et les sociétés de services informatiques européennes ont une réelle carte à jouer.

Donc il faut quand même bien garder en tête que les acteurs européens leaders dans des domaines tels que la lithographie, c’est-à-dire la gravure sur puce, sont indispensables, et que sans elle, il n’y a pas d’intelligence artificielle.

Donc même si le retard en matière d’investissement semble difficilement rattrapable, oui, la tech européenne existe bel et bien.

Nathalie Benatia : Oui, c’est très intéressant cette idée du retard d’investissement, qui est indéniable, tu nous as donné les chiffres, et qui est, tu l’as précisé, en grande partie irrattrapable, a fait finalement rater à l’Europe la première vague de l’IA.

Mais pour cette deuxième vague, on a, malgré tout, des opportunités pour les prochaines étapes, pour la seconde vague, et peut-être pour les suivantes.

Dans ce cadre, de ton point de vue, quel thème va-t-il falloir privilégier pour surfer sur la seconde vague de l’IA ?

Quels secteurs sont bien positionnés pour tirer profit de l’innovation et, encore une fois, de cette deuxième partie du cycle ?

Lazare Hounhouayenou : Alors, on peut distinguer plusieurs compartiments dans la classification des valeurs technologiques. À savoir, on a les semi-conducteurs, les logiciels, les sociétés de services informatiques et les équipementiers télécoms. Et ces segments peuvent suivre des trajectoires boursières très différentes.

Actuellement, entre les États-Unis et l’Europe, les inquiétudes concernant le secteur technologique ne sont pas toutes les mêmes. Nous n’avons pas d’hyperscalers en Europe, donc nous ne faisons pas face aux craintes de retour sur investissement de ces acteurs, qui dépensent des sommes colossales dans l’intelligence artificielle. Ces montants pourraient représenter entre 800 et 900 milliards de dollars pour la seule année 2027.

Et le risque des participations circulaires entre les acteurs de l’écosystème de l’IA n’est également pas présent en Europe. En revanche, le sujet de la disruption de certains modèles économiques est commun.

Les acteurs logiciels sont délaissés en bourse, car une partie de leur activité pourrait être rongée par l’intelligence artificielle. Il en est de même pour les acteurs des services informatiques, pour lesquels le marché craint un impact négatif sur les métiers historiques, notamment le développement applicatif.

Et à l’autre bout du spectre, nous avons les équipementiers et les acteurs analogiques semi-conducteurs, qui sont plébiscités, car ils bénéficient du moteur de l’IA, mais aussi d’une meilleure orientation des marchés finaux que sont l’automobile et l’industrie.

Donc, nous jouons l’intelligence artificielle en Europe principalement à travers ces acteurs, auxquels on peut rajouter les sociétés industrielles exposées aux data centers, et les spécialistes de l’électrification, permettant d’alimenter ces centres de données. Et la sélection de valeurs se fait sur toutes les tailles de capitalisation boursière.

Nathalie Benatia : Alors, je vais résumer et caricaturer sans doute ton propos, mais j’ai l’impression que c’est presque une chance d’avoir raté cette première vague de l’IA pour les entreprises européennes.

D’abord parce que ça offre des opportunités, et puis finalement, que ça met peut-être ces valeurs à l’abri de certains problèmes qui vont potentiellement émerger dans les prochains mois ou les prochaines années.

Par ailleurs, ce que je retiens de tes explications, c’est la notion de chaîne de valeur sur la technologie, et également, comme tu l’as bien expliqué, que la technologie, bien sûr c’est l’IA, mais c’est aussi d’autres secteurs d’activité, hors valeurs spécifiquement technologiques.

Et enfin, et ça va être très important je crois pour les entreprises européennes, hein, se dire que l’innovation, c’est s’adapter aux mutations et que les entreprises européennes sont parfaitement capables de s’adapter à ces mutations technologiques.

Est-ce que tu veux réagir sur ce résumé caricatural ?

Lazare Hounhouayenou : C’est un très bon résumé. Et le fait d’avoir raté la première vague ne nous empêche pas d’aller sur les vagues suivantes.

Et donc, comme on ne peut pas rattraper en termes d’investissement, le modèle que propose certains acteurs, notamment, Yann LeCun, qui est revenu en France, c’est de ne pas courir derrière les modèles existants, mais d’aller, en fait, au modèle suivant.

On parle maintenant de “World Model”, capable de comprendre la physique du monde, et c’est en ayant ce type de réflexion et d’action qu’on pourra justement revenir dans la course de l’intelligence artificielle.

Nathalie Benatia : Formidable. Revenir dans la course. Merci beaucoup Lazare pour ta participation aujourd’hui à ce podcast, nous sommes arrivés au terme de cet épisode.

Lazare Hounhouayenou : Merci Nathalie.

Nathalie Benatia : Si vous souhaitez plus d’informations, veuillez vous adresser à votre contact chez BNP Paribas Asset Management.

Vous pouvez aussi consulter notre blog Viewpoint ou notre site www.bnpparibas-am.com.

Vous avez écouté un podcast de BNP Paribas Asset Management animé par Nathalie Benatia avec aujourd’hui Lazare Hounhouayenou sur notre stratégie Europe Next Tech. Cette présentation comprend une discussion sur de récents événements de marché et ne constitue ni un conseil en investissement, ni une offre de vente de produits ou de services par BNP Paribas Asset Management. Les opinions exprimées dans le présent enregistrement constituent le jugement de la société de gestion de portefeuille au moment indiqué et sont susceptibles d’être modifiées sans préavis.

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